Burkina Faso : une thèse saluée pour son apport à la résolution des conflits miniers par la médiation

Ouagadougou, 5 avril 2025 – Dans un contexte marqué par des tensions croissantes entre les acteurs du secteur minier et les communautés locales, une soutenance de thèse tenue ce samedi à l’Université Virtuelle Publique du Burkina a retenu l’attention du monde académique et institutionnel. Portée par Rasmané Daniel Sawadogo, cette recherche doctorale constitue une avancée majeure dans l’étude de la médiation comme outil de résolution des conflits miniers au Burkina Faso.
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Une recherche pluridisciplinaire d’une grande rigueur scientifique
Sous la direction du Professeur Vincent Zakané, la thèse intitulée « La médiation dans la résolution des conflits miniers au Burkina Faso » s’appuie sur une approche résolument pluridisciplinaire, croisant le droit, l’économie, la sociologie et la philosophie. Pendant trois années de recherche, le doctorant a mobilisé des méthodes de terrain solides : enquêtes, entretiens et questionnaires auprès de 247 personnes issues de zones minières.
Résultat : un document de 370 pages, défendu avec brio devant un jury composé d’éminents universitaires, et couronné de la mention “Très honorable”, la plus haute distinction universitaire.
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Des conflits aux conséquences humaines et sociales alarmantes
L’étude de Dr Sawadogo s’inscrit dans un contexte national marqué par des affrontements récurrents, parfois meurtriers, dans les zones minières. Parmi les cas les plus marquants figurent les incidents de Loto (2017), de Sinkoura (2019), ou encore le litige sanglant de Djikando à Gaoua (2021), ayant causé la mort de neuf personnes.
Les données de terrain révèlent que plus de 80 % des personnes interrogées reconnaissent l’existence de conflits liés à l’activité minière. Les principales causes évoquées sont :
• L’occupation des terres (66,78 %)
• Le non-respect des engagements pris par les sociétés minières (33,70 %)
• L’insuffisance des mécanismes de compensation et de dialogue
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La médiation : une réponse locale, humaine et durable
Face à ces tensions, la recherche met en lumière la pertinence de la médiation comme alternative crédible à la justice classique. Selon l’étude, 30,85 % des personnes interrogées privilégient la médiation, qui enregistre un taux de satisfaction de 80 %, contre 40 % pour la justice étatique.
Au-delà de la résolution des litiges, la médiation est perçue comme un outil de réparation du lien social, contribuant à restaurer la confiance et à renforcer la cohésion au sein des communautés.
« La justice tranche, mais la médiation apaise, relie et rétablit les liens sociaux, économiques et culturels », a déclaré le doctorant avec conviction lors de sa soutenance.
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Un jury satisfait par la pertinence du sujet et la qualité du travail
Le jury, présidé par le Professeur Alkassoum Maïga, était composé d’universitaires de renom : les philosophes Isaïe Nzeyimana et Serge Denis Samandoulgou, l’économiste Pr Tom Tchalim Irazou, et le directeur de thèse Pr Vincent Zakané. Tous ont salué l’originalité du sujet, la rigueur méthodologique et la maîtrise du candidat.
« Il a osé aborder un sujet de droit sans être juriste de formation. C’est un sujet original, explorant un mécanisme classique dans un domaine peu étudié : les conflits miniers », a souligné Pr Zakané.
De son côté, le président du jury a rappelé l’importance d’une science tournée vers les réalités sociales :
« Toute réflexion qui peut apporter un minimum de tranquillité à notre pays, surtout dans ce contexte de crises multiples, mérite d’être saluée. »
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Une vision tournée vers l’action : pour une médiation institutionnalisée
Fort de cette reconnaissance, Dr Rasmané Daniel Sawadogo ambitionne de transformer cette recherche en action concrète. Il prévoit de créer un cabinet de médiation, de conciliation et d’arbitrage, destiné à accompagner les entreprises minières, les communautés locales et les pouvoirs publics dans la prévention et la gestion des conflits.
« La théorie n’est rien sans la pratique. Nous devons mettre nos connaissances au service du pays », a-t-il affirmé avec détermination.
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Une boussole pour un développement apaisé et inclusif
Dans un pays où les ressources minières constituent à la fois une opportunité économique et une source potentielle de tensions sociales, cette thèse constitue une contribution majeure à la réflexion nationale. Elle appelle à :
• Une meilleure responsabilité sociétale des entreprises minières
• Une promotion active de la médiation
• Une institutionnalisation de mécanismes durables de gestion des conflits
Ce travail doctoral ne se limite pas à une avancée scientifique ; il offre une boussole stratégique pour bâtir un développement plus équitable, plus durable et socialement apaisé au Burkina Faso.
Naké Bassolé
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