{"id":11783,"date":"2026-10-16T23:51:06","date_gmt":"2026-10-16T23:51:06","guid":{"rendered":"https:\/\/burkinaonline.net\/?p=11783"},"modified":"2026-10-16T23:51:06","modified_gmt":"2026-10-16T23:51:06","slug":"burkina-faso-le-lalle-naaba-wobgo-fusille-publiquement-par-les-francais-le-1er-fevrier-1897-a-ouagadougou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/burkinaonline.net\/?p=11783","title":{"rendered":"Burkina Faso : le Lall\u00e9-naaba Wobgo fusill\u00e9 publiquement par les Fran\u00e7ais le 1er f\u00e9vrier 1897 \u00e0 Ouagadougou"},"content":{"rendered":"<p>La conqu\u00eate coloniale fran\u00e7aise en Afrique s\u2019est accompagn\u00e9e de violences militaires, de destructions et de la soumission forc\u00e9e des pouvoirs locaux. Au Moogo, cette brutalit\u00e9 se manifeste notamment lors de la prise de Ouagadougou, le 1er septembre 1896, marqu\u00e9e par des affrontements, des incendies et des destructions, puis par l\u2019ex\u00e9cution publique du Lall\u00e9-naaba Wobgo, le 1er f\u00e9vrier 1897. Pour ne citer que ces deux exemples, ces \u00e9v\u00e9nements donnent la mesure de la violence qui a accompagn\u00e9 l\u2019imposition de la domination coloniale. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 les chefs traditionnels occupent encore une place symbolique et sociale importante au Burkina Faso, imaginer l\u2019ex\u00e9cution publique d\u2019un tel chef permet de mesurer le caract\u00e8re particuli\u00e8rement brutal de cet acte.<\/p>\n<p>Un chef puissant \u00e0 l\u2019ouest du Moogo<\/p>\n<p>Le Lall\u00e9 est une province rattach\u00e9e au royaume de Ouagadougou, dans l\u2019espace historique du Moogo. Son territoire comprend plus d\u2019une trentaine de villages et s\u2019\u00e9tend sur des zones correspondant notamment \u00e0 des localit\u00e9s actuelles comme Pabr\u00e9, Laye, Koudougou, R\u00e9o et T\u00e9nado. Il compte parmi les commandements importants du royaume mossi.<\/p>\n<p>Le Lall\u00e9-naaba Wobgo, \u00e9galement d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de T\u00e3nga dans les r\u00e9cits historiques, est intronis\u00e9 par le Moogho Naaba Sanem. Il ne doit pas \u00eatre confondu avec le Moogho Naaba Wobgo, dit Boukary Koutou, souverain de Ouagadougou, ni avec le Larl\u00e9-naaba, autre dignitaire de la cour royale.<\/p>\n<p>Douze ans de guerre contre Ouagadougou<\/p>\n<p>Les relations entre le Lall\u00e9 et Ouagadougou se d\u00e9gradent au d\u00e9but des ann\u00e9es 1880. Les traditions historiques rapportent plusieurs griefs, notamment le refus du Lall\u00e9-naaba de livrer un chasseur accus\u00e9 d\u2019avoir tu\u00e9 un proche du Moogho Naaba. Au-del\u00e0 de cet incident, le conflit traduit les tensions entre le pouvoir central et un commandement soucieux de pr\u00e9server son autonomie.<\/p>\n<p>Dans son \u00e9tude consacr\u00e9e \u00e0 cette guerre, Nongma Nestor Zongo situe le d\u00e9but du conflit en 1884, avant une intensification des affrontements arm\u00e9s en 1886. Les troupes de Ouagadougou lancent alors plusieurs op\u00e9rations contre le Lall\u00e9, contraignant son chef \u00e0 se r\u00e9fugier en pays l\u00e9la, aupr\u00e8s de ses alli\u00e9s gourounsi.<\/p>\n<p>Le Lall\u00e9-naaba Wobgo organise ensuite la r\u00e9sistance et remporte plusieurs succ\u00e8s contre les forces royales, notamment dans la r\u00e9gion de Laye. Le Moogho Naaba Sanem le d\u00e9clare destitu\u00e9, mais ne parvient pas \u00e0 imposer durablement son autorit\u00e9 sur le territoire dissident.<\/p>\n<p>\u00c0 la mort de Sanem, en 1889, son successeur, le Moogho Naaba Wobgo, dit Boukary Koutou, h\u00e9rite du conflit. Il tente d\u2019abord la conciliation, avant de recourir \u00e0 la force et de solliciter l\u2019appui de cavaliers zerma. Ces initiatives ne suffisent pas \u00e0 soumettre le Lall\u00e9, qui conserve une large autonomie \u00e0 la veille de la conqu\u00eate fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Pendant plus d\u2019une d\u00e9cennie, le conflit oppose ainsi deux pouvoirs engag\u00e9s dans une lutte pour le contr\u00f4le du territoire et l\u2019autorit\u00e9 politique. Mais l\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais bouleverse cet \u00e9quilibre. La guerre entre le Lall\u00e9 et Ouagadougou s\u2019inscrit d\u00e9sormais dans un contexte plus large : celui de la conqu\u00eate coloniale et de la transformation des structures politiques locales.<\/p>\n<p>Paul Voulet et la conqu\u00eate violente de Ouagadougou<\/p>\n<p>Le 1er septembre 1896, la colonne fran\u00e7aise command\u00e9e par les lieutenants Paul Voulet et Charles Chanoine arrive devant Ouagadougou. Le Moogho Naaba Wobgo mobilise des combattants pour d\u00e9fendre la capitale et fait appel aux chefs des territoires alli\u00e9s.<\/p>\n<p>Des affrontements opposent alors les troupes mossi aux soldats fran\u00e7ais. Selon le r\u00e9cit historique publi\u00e9 par Lefaso.net, les d\u00e9fenseurs tentent notamment des attaques \u00e0 cheval, des embuscades et des tirs de fl\u00e8ches et de fusils. Mais face \u00e0 la puissance de feu fran\u00e7aise, la r\u00e9sistance est rapidement vaincue.<\/p>\n<p>Le Moogho Naaba Wobgo quitte la capitale. Son d\u00e9part ne signifie cependant pas la fin de la lutte. Le 7 septembre 1896, il tente de reprendre Ouagadougou, sans succ\u00e8s. La chute de la capitale n\u2019entra\u00eene donc pas la disparition imm\u00e9diate de toute r\u00e9sistance \u00e0 la conqu\u00eate fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>La prise de Ouagadougou s\u2019accompagne de violences et de destructions. Des r\u00e9cits historiques rapportent des incendies qui touchent la ville et marquent profond\u00e9ment cet \u00e9pisode de la conqu\u00eate. Ces \u00e9v\u00e9nements t\u00e9moignent de la brutalit\u00e9 des op\u00e9rations militaires et du bouleversement de l\u2019ordre politique \u00e9tabli.<\/p>\n<p>Pour consolider son contr\u00f4le sur Ouagadougou, Voulet favorise l\u2019installation de Kouka Koutou, fr\u00e8re du souverain en fuite, sur le tr\u00f4ne. Celui-ci prend le nom de Naaba Siguiri. Le 20 janvier 1897, un trait\u00e9 de protectorat est sign\u00e9 avec les Fran\u00e7ais. Cet accord marque une nouvelle \u00e9tape dans la mise sous tutelle coloniale du royaume.<\/p>\n<p>La conqu\u00eate ne concerne cependant pas uniquement la capitale. Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises doivent \u00e9galement faire face aux chefs locaux qui conservent leur autonomie ou refusent de se soumettre au nouvel ordre. Le Lall\u00e9-naaba Wobgo, qui a longtemps r\u00e9sist\u00e9 aux tentatives de contr\u00f4le du pouvoir central de Ouagadougou, se retrouve \u00e0 son tour confront\u00e9 \u00e0 cette puissance militaire.<\/p>\n<p>Le Lall\u00e9-naaba Wobgo fusill\u00e9 publiquement<\/p>\n<p>Le 1er f\u00e9vrier 1897, le Lall\u00e9-naaba Wobgo est fusill\u00e9 publiquement \u00e0 Ouagadougou, selon les r\u00e9cits historiques consacr\u00e9s \u00e0 la conqu\u00eate du Moogo. L\u2019historien Inoussa Yelbi rapporte cette ex\u00e9cution et s\u2019appuie notamment sur les travaux d\u2019Albert Salfo Balima pour documenter cet \u00e9pisode.<\/p>\n<p>Cette ex\u00e9cution survient quelques mois apr\u00e8s la prise de la capitale et quelques jours apr\u00e8s la signature du trait\u00e9 de protectorat. Elle intervient dans un contexte o\u00f9 les autorit\u00e9s fran\u00e7aises cherchent \u00e0 consolider leur domination sur le territoire et \u00e0 imposer leur autorit\u00e9 aux pouvoirs locaux.<\/p>\n<p>Il importe toutefois de distinguer les conflits qui avaient oppos\u00e9 le Lall\u00e9 au pouvoir central de Ouagadougou avant l\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais et les circonstances de son ex\u00e9cution par les autorit\u00e9s coloniales. La guerre entre le Lall\u00e9-naaba et les Moogho Naaba s\u2019inscrit dans les rapports de force internes au royaume mossi. L\u2019ex\u00e9cution publique du chef rel\u00e8ve, quant \u00e0 elle, du contexte de la conqu\u00eate et de l\u2019installation de l\u2019autorit\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne est particuli\u00e8rement frappante au regard de la place des chefs traditionnels dans l\u2019organisation sociale et politique du Moogo. Le chef n\u2019est pas seulement un responsable territorial : il repr\u00e9sente une autorit\u00e9 reconnue, inscrite dans une histoire, des traditions et des relations avec les populations plac\u00e9es sous son commandement.<\/p>\n<p>Imaginer aujourd\u2019hui l\u2019ex\u00e9cution publique d\u2019un chef traditionnel \u00e0 Ouagadougou permet de mesurer la port\u00e9e symbolique d\u2019un tel acte. Dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 ces autorit\u00e9s conservent une importance historique, culturelle et sociale, une telle mise \u00e0 mort publique appara\u00eet comme une violence qui d\u00e9passe la seule personne ex\u00e9cut\u00e9e. Elle atteint \u00e9galement l\u2019ordre politique et symbolique auquel ce chef appartient.<\/p>\n<p>L\u2019ex\u00e9cution du Lall\u00e9-naaba Wobgo constitue ainsi un \u00e9pisode important de l\u2019histoire des r\u00e9sistances locales et des violences li\u00e9es \u00e0 la conqu\u00eate coloniale. Elle rappelle que l\u2019imposition de la domination fran\u00e7aise ne s\u2019est pas limit\u00e9e \u00e0 la prise militaire des territoires, mais a \u00e9galement affect\u00e9 les autorit\u00e9s qui structuraient les soci\u00e9t\u00e9s locales.<\/p>\n<p>Une m\u00e9moire \u00e0 pr\u00e9server<\/p>\n<p>L\u2019histoire du Lall\u00e9-naaba Wobgo rappelle que la conqu\u00eate coloniale du Moogo ne se r\u00e9sume pas \u00e0 la prise de Ouagadougou. Elle s\u2019inscrit dans un espace politique travers\u00e9 par des conflits anciens, des rivalit\u00e9s territoriales et des revendications d\u2019autonomie.<\/p>\n<p>La bataille de Ouagadougou, les incendies rapport\u00e9s lors de la conqu\u00eate et l\u2019ex\u00e9cution publique du chef du Lall\u00e9 illustrent les bouleversements provoqu\u00e9s par l\u2019expansion coloniale fran\u00e7aise. La violence militaire et la r\u00e9pression de certaines autorit\u00e9s locales ont accompagn\u00e9 l\u2019installation d\u2019un nouvel ordre politique.<\/p>\n<p>Plus d\u2019un si\u00e8cle apr\u00e8s, cette histoire demeure essentielle pour comprendre les r\u00e9sistances politiques du XIXe si\u00e8cle et pr\u00e9server la m\u00e9moire des violences li\u00e9es \u00e0 la conqu\u00eate coloniale du territoire correspondant aujourd\u2019hui au Burkina Faso.<\/p>\n<p>Elle invite \u00e9galement \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la place des autorit\u00e9s traditionnelles dans l\u2019histoire du pays. \u00c0 travers le destin du Lall\u00e9-naaba Wobgo, c\u2019est toute la question de la violence exerc\u00e9e contre les pouvoirs locaux et de la transformation forc\u00e9e de l\u2019ordre social qui se pose.<\/p>\n<p>Sources<\/p>\n<p>Beno\u00eet Beucher, \u00ab Le mythe de l\u2019\u201cEmpire mossi\u201d \u00bb, dans M. Hilgers et J. Mazzocchetti (dir.), R\u00e9voltes et oppositions dans un r\u00e9gime semi-autoritaire. Le cas du Burkina Faso, Paris, Karthala, 2010.<\/p>\n<p>Nongma Nestor Zongo, \u00ab La grande guerre entre le Lalle-naaba et les Moog\u2019nanambse (Moogo-naaba Sanem et Moogo-naaba Wobgo) de Ouagadougou \u00bb, Djiboul, n\u00b0 4, vol. 4, d\u00e9cembre 2022, p. 538-547.<\/p>\n<p>Inoussa Yelbi, \u00ab Le capitaine Paul Voulet : un personnage \u00e9nigmatique au c\u0153ur de la conqu\u00eate coloniale fran\u00e7aise au Moogo et en Afrique centrale \u00bb, Djiboul, num\u00e9ro sp\u00e9cial 1, d\u00e9cembre 2020, p. 265-281.<\/p>\n<p>Moussa Sinon, \u00ab Septembre 1896 &#8211; septembre 2016, il y a 120 ans la bataille et la prise de Ouagadougou \u00bb, Lefaso.net, 22 septembre 2016.<\/p>\n<p>Samuel Salo, \u00ab Le Moog-Naba Wobgo de Ouagadougou \u00bb, dans Y. G. Madiega et O. Nao (dir.), Burkina Faso, cent ans d\u2019histoire, 1895-1995, Paris, Karthala, 2003, t. 1, p. 631-659.<\/p>\n<p>A. A. Dim Delobsom, L\u2019Empire du Mogho-Naba. Coutumes des Mossi de la Haute-Volta, Paris, Domat-Montchrestien, 1932.<\/p>\n<p>Gildas Kinda<\/p>\n<p>Burkina Online<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La conqu\u00eate coloniale fran\u00e7aise en Afrique s\u2019est accompagn\u00e9e de violences militaires, de destructions et de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11785,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,18,13],"tags":[],"class_list":["post-11783","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-post","category-international","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11783","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11783"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11783\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11786,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11783\/revisions\/11786"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/11785"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11783"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11783"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11783"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}