{"id":8203,"date":"2025-07-25T07:45:09","date_gmt":"2025-07-25T07:45:09","guid":{"rendered":"https:\/\/burkinaonline.net\/?p=8203"},"modified":"2025-07-25T07:45:21","modified_gmt":"2025-07-25T07:45:21","slug":"symposium-de-seoul-lintegralite-de-ladresse-du-cardinal-philippe-ouedraogo-archeveque-emerite-de-ouagadougou-sur-la-tragedie-de-la-violence-terroriste-au-burkina-faso-et-au-sahel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/burkinaonline.net\/?p=8203","title":{"rendered":"Symposium de S\u00e9oul : l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de l&rsquo;adresse du cardinal Philippe Ou\u00e9draogo, archev\u00eaque Em\u00e9rite de Ouagadougou sur la trag\u00e9die de la violence terroriste au Burkina Faso et au Sahel"},"content":{"rendered":"<p>\u00c9minences, Excellences,<\/p>\n<p>Honorables participants au symposium,<\/p>\n<p>Mesdames, Messieurs,<\/p>\n<p>Je voudrais avant tout propos adresser \u00e0 notre auguste assembl\u00e9e un salut cordial d\u2019Afrique, du Burkina Faso, notamment de l\u2019Eglise famille de Dieu de Ouagadougou dont je suis archev\u00eaque Em\u00e9rite depuis le 16 d\u00e9cembre 2023. Vous me permettrez de saluer particuli\u00e8rement son Eminence Andrew Cardinal YEOM SOO-JUNG, Archev\u00eaque Em\u00e9rite de Seoul. Cr\u00e9\u00e9s ensemble Cardinaux le 22 f\u00e9vrier 2014 par le Pape Fran\u00e7ois, nous sommes rest\u00e9s des amis. Avec lui, nous rendons gr\u00e2ce \u00e0 Dieu pour la fructueuse coop\u00e9ration missionnaire entre l\u2019archidioc\u00e8se de S\u00e9oul et celui de Ouagadougou.<\/p>\n<p>Au R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re John PAK et \u00e0 tous les organisateurs, j\u2019exprime ma sinc\u00e8re gratitude pour l\u2019aimable invitation \u00e0 participer au dixi\u00e8me anniversaire de l\u2019organisation de l\u2019Eglise en d\u00e9tresse en Cor\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019\u00c9glise au Burkina Faso, t\u00e9moin de l\u2019Esp\u00e9rance face \u00e0 la pers\u00e9cution par l\u2019extr\u00e9misme islamiste violent \u00bb , tel est le sujet propos\u00e9 pour mon intervention. Sinc\u00e8re merci pour l\u2019int\u00e9r\u00eat que vous portez aux souffrances de notre humanit\u00e9, de notre maison commune. Je suis au milieu de vous pour t\u00e9moigner en tant que fils et pasteur d\u2019une terre meurtrie par le terrorisme violent au Burkina Faso, dans le sahel de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Je suis venu porter la voix d\u2019un peuple sans voix, qui souffre mais lutte pour rester debout dans la dignit\u00e9 et la paix v\u00e9ritable.<\/p>\n<p>Notre expos\u00e9-t\u00e9moignage \u00e9voluera en plusieurs perspectives dont :<br \/>\n&#8211; La trag\u00e9die de la violence terroriste au Burkina Faso<br \/>\n&#8211; La mission et le t\u00e9moignage de l\u2019Eglise catholique<br \/>\n&#8211; L\u2019interpellation de la conscience mondiale.<\/p>\n<p>I. La trag\u00e9die de la violence terroriste au Burkina Faso<\/p>\n<p>Depuis bient\u00f4t une d\u00e9cennie, le Burkina Faso est devenu malgr\u00e9 lui, le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une violence multiforme, persistante, meurtri\u00e8re, m\u00e9thodique. Une violence qui s\u2019est install\u00e9e et se diffuse de fa\u00e7on aveugle au sein de la population.<\/p>\n<p>Le pays a bascul\u00e9 progressivement dans un cycle d\u2019instabilit\u00e9 marqu\u00e9 par des attaques meurtri\u00e8res, des enl\u00e8vements, des destructions d\u2019infrastructures \u00e9tatiques et priv\u00e9es, des d\u00e9placements massifs de populations, sans oublier les coups d\u2019Etats militaires successifs\u2026 Plusieurs r\u00e9gions du pays sont atteintes.<\/p>\n<p>Les chiffres sont accablants. Selon les donn\u00e9es de l\u2019UNHCR, de l\u2019OCHA et des rapports crois\u00e9s d\u2019ONG nationales et internationales en 2024 :<br \/>\n\u2013 Plus de 8 000 personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es dans des attaques cibl\u00e9es, des affrontements arm\u00e9s ou des assassinats de civils innocents. Et ce, sans compter les disparus, les bless\u00e9s, les mutil\u00e9s physiques et psychologiques.<\/p>\n<p>\u2013 Plus de 2,2 millions de d\u00e9plac\u00e9s internes sont recens\u00e9s \u00e0 ce jour, dont une majorit\u00e9 de femmes, d\u2019enfants et de personnes \u00e2g\u00e9es. Des familles enti\u00e8res vivent dans des conditions pr\u00e9caires, dans des camps improvis\u00e9s, sans acc\u00e8s stable \u00e0 l\u2019eau, \u00e0 la nourriture, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation ni aux soins de base.<br \/>\n\u2013 On d\u00e9nombre plus de 35 000 r\u00e9fugi\u00e9s burkinab\u00e8 ayant fui vers les pays voisins (Togo, Ghana, B\u00e9nin, C\u00f4te d\u2019Ivoire), dans des situations d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire aigu\u00eb.<br \/>\n\u2013 Pr\u00e8s de 6 000 \u00e9coles ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es, privant plus d\u2019un million d\u2019enfants de leur droit fondamental \u00e0 l\u2019instruction. Une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re est en train d\u2019\u00eatre sacrifi\u00e9e.<br \/>\n\u2013 Des centaines de centres de sant\u00e9 sont d\u00e9truits ou ferm\u00e9s. La couverture sanitaire s\u2019effondre. La malnutrition infantile explose. L\u2019acc\u00e8s aux soins psychologiques est quasi inexistant.<br \/>\n\u2013 Des centaines de milliers d\u2019hectares de terres agricoles sont abandonn\u00e9s. Le tissu \u00e9conomique local est d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9. Des march\u00e9s, des greniers, des routes sont contr\u00f4l\u00e9s ou min\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette trag\u00e9die d\u00e9passe les fronti\u00e8res du Burkina Faso. Elle s\u2019inscrit dans une dynamique sah\u00e9lienne, voire r\u00e9gionale et mondiale. Elle interpelle l\u2019Afrique, elle interpelle l\u2019humanit\u00e9. Par exemple, le Mali, le Niger et le Burkina Faso, confront\u00e9s au drame du terrorisme, se sont constitu\u00e9s en Conf\u00e9d\u00e9ration des Etats du Sahel. Ce que vivent ces pays aujourd\u2019hui est la cons\u00e9quence d\u2019un d\u00e9sordre global, d\u2019une accumulation de fragilit\u00e9s ignor\u00e9es, de silences complices, et d\u2019une g\u00e9opolitique parfois cynique. Il ne s\u2019agit plus d\u2019une crise ponctuelle. Il s\u2019agit d\u2019une crise existentielle. Une crise de civilisation. Et elle exige une r\u00e9ponse humaine, spirituelle, institutionnelle, et morale \u00e0 la hauteur du drame v\u00e9cu par les populations.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, Le Pape Fran\u00e7ois, dans son Encyclique Fratelli Tutti, nous interpelle avec clart\u00e9 :<br \/>\n\u00ab La souffrance d\u2019un peuple n\u2019est pas une affaire lointaine. C\u2019est un appel \u00e0 retrouver la conscience que nous sommes une communaut\u00e9 mondiale. \u00bb (Fratelli Tutti, \u00a725).<\/p>\n<p>II. Une violence sans fronti\u00e8res religieuses<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 tragique, nombreux sont ceux qui, de loin, cherchent \u00e0 en donner une explication simpliste : celle d\u2019un conflit religieux entre chr\u00e9tiens et musulmans. Pourtant, lorsque l\u2019on regarde de plus pr\u00e8s, lorsqu\u2019on \u00e9coute les populations concern\u00e9es, lorsqu\u2019on se penche sur les r\u00e9cits des survivants, des autorit\u00e9s coutumi\u00e8res, des pasteurs et des imams, un autre tableau, beaucoup plus complexe, appara\u00eet.<\/p>\n<p>Il est vrai que des attaques ont vis\u00e9 des \u00e9glises. Il est vrai que des pr\u00eatres, des cat\u00e9chistes et des fid\u00e8les chr\u00e9tiens ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s pendant des c\u00e9l\u00e9brations liturgiques ou en raison de leur foi. Il est vrai que des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes enti\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 contraintes de fuir, et que des temples et des \u00c9glises ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s, profan\u00e9s ou ferm\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais il est tout aussi vrai que :<br \/>\n&#8211; des mosqu\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9es, certaines pendant la pri\u00e8re du vendredi.<br \/>\n&#8211; des imams ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s parce qu\u2019ils pr\u00eachaient une version mod\u00e9r\u00e9e et pacifique de l\u2019islam<br \/>\n&#8211; des \u00e9coles coraniques ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es ou d\u00e9truites.<br \/>\n&#8211; des villages \u00e0 majorit\u00e9 musulmane ont \u00e9t\u00e9 pris pour cible de fa\u00e7on aveugle.<br \/>\nEn r\u00e9alit\u00e9, toutes les communaut\u00e9s sont touch\u00e9es. Toutes les confessions sont endeuill\u00e9es. La religion est instrumentalis\u00e9e \u00e0 des fins de pouvoir, de contr\u00f4le et de terreur.<\/p>\n<p>Il faut le dire clairement : les groupes arm\u00e9s violents n\u2019ont pas une religion. Ils ont une id\u00e9ologie. Et cette id\u00e9ologie n\u2019a d\u2019autre but que de semer la division, d\u2019opposer les communaut\u00e9s, de casser la solidarit\u00e9 traditionnelle qui unit les Burkinab\u00e8 au-del\u00e0 des appartenances religieuses. Ils s\u2019appuient sur l\u2019ignorance, sur les blessures mal cicatris\u00e9es, sur les frustrations accumul\u00e9es, pour dresser les uns contre les autres.<br \/>\nOr, le Burkina Faso a une longue tradition de coexistence religieuse pacifique.<\/p>\n<p>Ce tissu social est aujourd\u2019hui cibl\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il est un rempart contre l\u2019extr\u00e9misme. En d\u00e9truisant les lieux de culte, en stigmatisant des groupes, en semant la peur, les groupes extr\u00e9mistes cherchent \u00e0 d\u00e9truire non seulement des vies humaines, mais aussi un mod\u00e8le social, un patrimoine commun de fraternit\u00e9.<\/p>\n<p>Ne tombons donc pas dans le pi\u00e8ge : refusons la peur, l\u2019amalgame, le discours de division.<br \/>\nLe conflit actuel n\u2019est pas religieux. Il est politique, \u00e9conomique, identitaire, g\u00e9ostrat\u00e9gique. Il se pare du manteau de la religion pour se l\u00e9gitimer, mais en r\u00e9alit\u00e9 il la trahit. Et dans cette temp\u00eate, l\u2019\u00c9glise du Burkina Faso continue de proclamer haut et fort : \u00ab Nous sommes appel\u00e9s \u00e0 l\u2019unit\u00e9, \u00e0 la paix et \u00e0 l\u2019amour mutuel. \u00bb<\/p>\n<p>\uf0d8 Voil\u00e0 pourquoi nous devons \u00eatre lucides, courageux et profond\u00e9ment enracin\u00e9s dans notre foi pour ne pas tomber dans le pi\u00e8ge de la division. Car une communaut\u00e9 divis\u00e9e est une communaut\u00e9 affaiblie :<br \/>\n\u00ab Si une maison est divis\u00e9e contre elle-m\u00eame, cette maison ne pourra pas tenir. \u00bb (Marc 3, 25)<br \/>\nDans cet esprit, le Saint-P\u00e8re a rappel\u00e9 dans la D\u00e9claration d\u2019Abou Dhabi (2019) :<br \/>\n\u00ab Le terrorisme n\u2019est d\u00fb ni \u00e0 la religion, ni aux convictions religieuses, mais \u00e0 une interpr\u00e9tation erron\u00e9e des textes sacr\u00e9s, et \u00e0 des politiques injustes. \u00bb<br \/>\nCe n\u2019est pas la religion qui tue. Ce sont les id\u00e9ologies de haine. Et notre responsabilit\u00e9 est de les d\u00e9masquer.<\/p>\n<p>III. Un serpent aux t\u00eates invisibles : qui tue ? qui manipule ? qui profite ?<\/p>\n<p>L\u2019une des douleurs les plus profondes du peuple burkinab\u00e8 aujourd\u2019hui r\u00e9side dans cette question lancinante, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e dans les villages, les camps de d\u00e9plac\u00e9s, les \u00e9glises, les mosqu\u00e9es, les march\u00e9s : \u00ab Qui nous tue ? Et pourquoi ? \u00bb<br \/>\nCar souvent, les attaques sont men\u00e9es par des hommes encagoul\u00e9s, arm\u00e9s de fusils modernes, circulant \u00e0 moto ou en pick-up. Ils ne se revendiquent pas toujours d\u2019un groupe connu. Ils ne laissent ni message politique clair, ni revendication structur\u00e9e. Parfois, ils se pr\u00e9sentent comme des justiciers. Parfois comme des religieux. Parfois comme des vengeurs. Mais tr\u00e8s souvent, ils ne disent rien. Ils tuent. Et ils disparaissent.<\/p>\n<p>Cette absence d\u2019identit\u00e9 assum\u00e9e alimente une peur sourde. Elle fragilise la confiance communautaire. Elle cr\u00e9e des soup\u00e7ons r\u00e9ciproques. Elle pousse des villages entiers \u00e0 se m\u00e9fier de leurs voisins, \u00e0 soup\u00e7onner leurs propres jeunes, \u00e0 douter de l\u2019imam du coin, du chef du quartier, du cat\u00e9chiste, du commer\u00e7ant venu d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>Ce flou est savamment entretenu. Il fait partie d\u2019une strat\u00e9gie du chaos. Un chaos qui n\u2019est pas spontan\u00e9, mais pens\u00e9, nourri, ravitaill\u00e9, coordonn\u00e9.<br \/>\nQui sont les v\u00e9ritables instigateurs de cette violence ? Qui arme ces groupes ? Qui les finance ? Qui leur fournit les munitions, les informations, la technologie ? D\u2019o\u00f9 viennent ces armes sophistiqu\u00e9es qui n\u2019existent pas sur les march\u00e9s locaux ? Pourquoi la circulation des kalachnikovs et des engins explosifs est-elle plus rapide que celle des secours ou des vivres ? Qui ma\u00eetrise les routes ? Qui contr\u00f4le les flux ? Qui entretient les conflits intercommunautaires ? Qui tire profit de ce d\u00e9sordre ?<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est que ce conflit n\u2019est pas qu\u2019interne. Il est aussi aliment\u00e9 par des enjeux transnationaux. Des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques occultes. Des logiques g\u00e9opolitiques froides. Des r\u00e9seaux de trafic d\u2019or, d\u2019armes, de drogues, d\u2019\u00eatres humains \u2013 qui utilisent le vide s\u00e9curitaire pour prosp\u00e9rer.<\/p>\n<p>Certaines zones attaqu\u00e9es co\u00efncident \u00e9trangement avec des p\u00e9rim\u00e8tres miniers. Certaines routes vis\u00e9es sont strat\u00e9giques pour le transport de ressources. Certaines populations d\u00e9plac\u00e9es lib\u00e8rent des espaces dont la valeur \u00e9conomique n\u2019est pas n\u00e9gligeable. Le chaos devient ici une opportunit\u00e9, une strat\u00e9gie de d\u00e9placement forc\u00e9, une mani\u00e8re de faire place nette pour des projets inavou\u00e9s.<br \/>\nEt pendant ce temps, le peuple souffre, meurt, dispara\u00eet.<\/p>\n<p>La violence qui frappe le Burkina est donc \u00e0 visages multiples, mais \u00e0 dessein unique : contr\u00f4ler, dominer, exploiter. Les visages visibles sur le terrain ne sont peut-\u00eatre que les ex\u00e9cutants. Derri\u00e8re eux, il y a des cerveaux, des bailleurs, des strat\u00e8ges. Ils parlent dans d\u2019autres langues, signent dans d\u2019autres bureaux, \u00e9changent dans d\u2019autres devises.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi il est essentiel de refuser la lecture simpliste. De d\u00e9noncer les complicit\u00e9s silencieuses. Et d\u2019interpeller les institutions internationales, les \u00c9tats, les multinationales, les r\u00e9seaux religieux ou \u00e9conomiques qui, directement ou indirectement, laissent faire, voire participent.<\/p>\n<p>L\u2019ennemi n\u2019est pas un village. Ce n\u2019est pas une religion. Ce n\u2019est pas une ethnie. L\u2019ennemi, c\u2019est cette m\u00e9canique de d\u00e9shumanisation qui transforme la souffrance des pauvres en gain pour les puissants. Et cette m\u00e9canique doit \u00eatre stopp\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous avons le devoir de la d\u00e9voiler, le courage de la nommer et la foi pour la vaincre.<br \/>\n\uf0d8 Nous sommes donc appel\u00e9s \u00e0 discerner. \u00c0 aller au-del\u00e0 des apparences. \u00c0 ne pas nous contenter de nommer les ex\u00e9cutants visibles, mais \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les structures invisibles du mal. Car cette lutte d\u00e9passe les visages humains. Elle touche aux forces profondes de d\u00e9sordre et de domination :<br \/>\n\u00ab Nous n\u2019avons pas \u00e0 lutter contre des \u00eatres de chair et de sang, mais contre les Principaut\u00e9s, contre les Puissances, contre les ma\u00eetres de ce monde de t\u00e9n\u00e8bres\u2026 \u00bb (\u00c9ph\u00e9siens 6, 12)<\/p>\n<p>IV. Le Burkina Faso : h\u00e9ritage d\u2019un vivre-ensemble \u00e0 prot\u00e9ger<\/p>\n<p>Le Burkina Faso n\u2019est pas seulement une entit\u00e9 g\u00e9ographique au c\u0153ur de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Il est une m\u00e9moire vivante, un carrefour d\u2019humanit\u00e9, un creuset o\u00f9 se sont entrelac\u00e9es au fil des si\u00e8cles des langues, des coutumes, des croyances et des lign\u00e9es. Bien avant l\u2019ind\u00e9pendance en 1960, les peuples de cette terre ont appris \u00e0 faire de leurs diff\u00e9rences une richesse, et non une menace.<\/p>\n<p>Dans la nation burkinab\u00e8, la diversit\u00e9 n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 synonyme de fragmentation. Les communaut\u00e9s y ont grandi ensemble : les musulmans estim\u00e9s \u00e0 60%, les catholiques \u00e0 20%, les adeptes de la religion traditionnelle \u00e0 15% et les d\u00e9nominations protestantes \u00e0 5%. Tous partagent le m\u00eame espace vital, l\u2019eau des m\u00eames puits, les rires des m\u00eames enfants, les douleurs des m\u00eames \u00e9preuves\u2026 Le vivre-ensemble n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 une construction id\u00e9ologique : il a jailli du quotidien, des usages, de la sagesse des anciens.<\/p>\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 que bien des architectes du chaos se sont tromp\u00e9s. Ce pays repose sur un socle d\u2019une profondeur insoup\u00e7onn\u00e9e : les pactes de parent\u00e9, les alliances lignag\u00e8res, les liens inter-claniques, les solidarit\u00e9s entre familles de traditions diff\u00e9rentes. Ici, le cousin \u00e0 plaisanterie peut appartenir \u00e0 une autre ethnie, mais il est porteur du m\u00eame respect sacr\u00e9. Ici, le gendre est accueilli comme un fils, quelle que soit sa foi. Ici, les alliances entre familles de confessions diff\u00e9rentes sont courantes, respect\u00e9es, et v\u00e9cues comme des passerelles d\u2019unit\u00e9.<\/p>\n<p>Les liens de sang, de parent\u00e9 et d\u2019alliance sont plus forts que les discours de haine. Ils sont plus enracin\u00e9s que les id\u00e9ologies import\u00e9es, plus tenaces que les manipulations de division. Ils constituent un rempart silencieux, mais efficace, contre ceux qui r\u00eavent de dresser les Burkinab\u00e8 les uns contre les autres.<br \/>\nCar ce que Dieu a sem\u00e9 dans les c\u0153urs par le fil de l\u2019histoire, aucune main destructrice ne peut durablement l\u2019arracher.<\/p>\n<p>Cependant, cette force est aujourd\u2019hui mise \u00e0 rude \u00e9preuve. Les armes, la peur, la d\u00e9sinformation cherchent \u00e0 fissurer l\u2019\u00e9difice patient de la cohabitation. Des voix, parfois \u00e9trang\u00e8res aux r\u00e9alit\u00e9s locales, s\u2019efforcent de semer le doute, la m\u00e9fiance, la peur de l\u2019autre. Le vivre-ensemble est vis\u00e9, non frontalement, mais sournoisement.<\/p>\n<p>Et pourtant, le peuple burkinab\u00e8 tient bon. Il tient gr\u00e2ce aux initiatives citoyennes, interreligieuses, interculturelles. Il tient gr\u00e2ce aux leaders religieux et coutumiers qui pr\u00eachent la paix. Il tient gr\u00e2ce aux associations de jeunes, aux cadres intellectuels, aux journalistes catholiques et musulmans qui, ensemble, m\u00e8nent des actions de dialogue, de formation, de sensibilisation. Il tient gr\u00e2ce aux projets transfrontaliers qui reconnectent les peuples, par-del\u00e0 les peurs.<br \/>\n&#8211; Cet h\u00e9ritage culturel pr\u00e9cieux n\u2019est pas une illusion. Il est une r\u00e9alit\u00e9 historique, culturelle, spirituelle. Et il doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 comme on prot\u00e8ge une flamme fragile au c\u0153ur du vent. C\u2019est aussi un appel \u00e9vang\u00e9lique :<br \/>\n\u00ab Autant que possible, et dans la mesure o\u00f9 cela d\u00e9pend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. \u00bb (Romains 12, 18)<br \/>\nLe Concile Vatican II nous l\u2019a enseign\u00e9 avec force dans la d\u00e9claration Nostra Aetate :<br \/>\n\u00ab L\u2019\u00c9glise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans les religions. [&#8230;] Elle exhorte ses fils \u00e0 reconna\u00eetre, pr\u00e9server et promouvoir les biens spirituels et moraux. \u00bb (\u00a72)<\/p>\n<p>Ce vivre-ensemble, enracin\u00e9 dans l\u2019histoire et b\u00e9ni par l\u2019\u00c9vangile, est un socle pour reconstruire la paix. Une paix authentique, fond\u00e9e sur la dignit\u00e9 humaine, la m\u00e9moire commune et la fid\u00e9lit\u00e9 au message du Christ : aimer, comprendre, dialoguer, relever ensemble ce monde qui chancelle.<\/p>\n<p>V. Cadres de dialogue, ponts communautaires, initiatives religieuses et sociales<\/p>\n<p>Dans ce contexte de menace multiforme et de fragmentation sociale, il est r\u00e9confortant, et m\u00eame essentiel, de mettre en lumi\u00e8re les nombreux efforts d\u00e9ploy\u00e9s par les acteurs religieux, sociaux, communautaires et institutionnels pour pr\u00e9server l\u2019unit\u00e9 nationale, renforcer la r\u00e9silience collective et maintenir les canaux du dialogue interreligieux, interculturel et interg\u00e9n\u00e9rationnel.<\/p>\n<p>Le Burkina Faso ne se contente pas de subir la violence. Il y r\u00e9siste. Il y r\u00e9pond par la sagesse de ses traditions, la vitalit\u00e9 de ses jeunesses, et l\u2019engagement de ses communaut\u00e9s spirituelles. Sur l\u2019ensemble du territoire national, des initiatives \u00e9mergent pour reconstruire les ponts d\u00e9truits, raviver la confiance, et b\u00e2tir des espaces de parole partag\u00e9e.<\/p>\n<p>Parmi ces initiatives, On note plusieurs Cadres de concertation interreligieuse pour la paix particuli\u00e8rement remarquables. Ces cadres regroupent des repr\u00e9sentants de toutes les confessions religieuses majeures du pays \u2013 islam, christianisme catholique et protestant, religions traditionnelles \u2013 dans une dynamique continue de dialogue, d\u2019analyse partag\u00e9e des d\u00e9fis et de propositions communes pour renforcer la paix sociale. Ces cadres interviennent dans les m\u00e9diations locales, les sensibilisations communautaires, et produit des messages conjoints pour d\u00e9samorcer les tensions.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces plateformes institutionnelles, des actions concr\u00e8tes et souvent silencieuses sont men\u00e9es par des communaut\u00e9s locales :<br \/>\n\u2013 Nombreuses sont les associations qui \u0153uvrent pour la paix et la coh\u00e9sion sociale : la ligue islamique pour la paix (Ouagadougou), l\u2019Union Fraternelle des Croyants (Dori) ; l\u2019Association Protestante pour le Dialogue Interreligieux (Ouagadougou) et la Fondation Catholique Duc In Altum (Ouagadougou)<br \/>\n\u2013 Des camps interreligieux de jeunes sont organis\u00e9s chaque ann\u00e9e par des dioc\u00e8ses, en collaboration avec des leaders musulmans. Ces espaces favorisent la d\u00e9couverte mutuelle, la d\u00e9mystification des st\u00e9r\u00e9otypes, la cr\u00e9ation de liens durables entre des jeunes de confessions diff\u00e9rentes.<br \/>\n\u2013 Des sessions de dialogue entre les forces de s\u00e9curit\u00e9 et les jeunes leaders communautaires ont \u00e9t\u00e9 exp\u00e9riment\u00e9es dans plusieurs r\u00e9gions, permettant de restaurer un climat de confiance et de pr\u00e9venir les amalgames dangereux.<br \/>\n\u2013 Des activit\u00e9s sportives, des clubs de lecture, des th\u00e9\u00e2tres communautaires, des formations citoyennes sont organis\u00e9s dans des espaces neutres, accueillant sans distinction les enfants, les adolescents, les femmes et les hommes autour de valeurs partag\u00e9es.<br \/>\n\u2013 Les mouvements d\u2019action catholique, notamment la JEC (Jeunesse \u00c9tudiante Catholique), les scouts, les chorales et groupes de pri\u00e8re, ne sont pas en reste. En milieu urbain comme rural, ils organisent :<br \/>\n\u2013 des journ\u00e9es d\u2019entraide communautaire,<br \/>\n\u2013 des op\u00e9rations de salubrit\u00e9 interreligieuse,<br \/>\n\u2013 des campagnes de sensibilisation sur la paix et la coh\u00e9sion sociale,<br \/>\n\u2013 des visites aux d\u00e9plac\u00e9s internes sans discrimination religieuse ou ethnique.<\/p>\n<p>Les cadres intellectuels catholiques, journalistes, enseignants, juristes et artistes s\u2019investissent \u00e9galement pour contrer les discours de haine, vulgariser les droits fondamentaux, relayer les exp\u00e9riences positives de cohabitation et documenter les r\u00e9cits de fraternit\u00e9 v\u00e9cue. Leurs interventions, souvent relay\u00e9es par les m\u00e9dias confessionnels et g\u00e9n\u00e9ralistes, participent \u00e0 fa\u00e7onner une conscience collective r\u00e9siliente.<\/p>\n<p>Dans certaines zones transfrontali\u00e8res \u2013 notamment dans les r\u00e9gions de l\u2019Est et du Sahel \u2013 des rencontres communautaires ont rassembl\u00e9 des repr\u00e9sentants de plusieurs pays voisins (Niger, Ghana, Togo, C\u00f4te d\u2019Ivoire) autour de probl\u00e9matiques communes : gestion des ressources partag\u00e9es, s\u00e9curit\u00e9 humaine, pastoralisme transfrontalier, lutte contre la d\u00e9sinformation. Ces rencontres permettent de tisser une diplomatie populaire, de construire des alliances communautaires et de freiner les tentatives d\u2019instrumentalisation des appartenances nationales, ethniques ou religieuses.<\/p>\n<p>Tous ces efforts, bien que discrets parfois, participent \u00e0 maintenir vivante la flamme de la paix. Ils montrent que malgr\u00e9 les tentatives de division, le tissu social burkinab\u00e8 est encore vivant, capable de se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer, de se solidariser et d\u2019inventer des voies nouvelles pour le vivre-ensemble.<\/p>\n<p>Ils constituent aussi une le\u00e7on pour l\u2019Afrique et pour le monde : la paix n\u2019est pas qu\u2019un mot. C\u2019est un don de Dieu et le fruit des efforts des Hommes. Et le Pape Fran\u00e7ois affirme sans ambigu\u00eft\u00e9 :<br \/>\n\u00ab Il y a une architecture de la paix dans laquelle interviennent les diff\u00e9rentes institutions de la soci\u00e9t\u00e9, chacun \u00e0 sa place. \u00bb (Fratelli Tutti, \u00a7284)<br \/>\nL\u2019artisan de paix n\u2019est pas un h\u00e9ros spectaculaire, mais un b\u00e2tisseur patient, un semeur d\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>VI. L\u2019\u00c9glise, pers\u00e9cut\u00e9e mais fid\u00e8le : mission et t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Dans ce contexte de violence, d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, de d\u00e9placements massifs, de peur chronique, l\u2019\u00c9glise au Burkina Faso n\u2019a pas d\u00e9sert\u00e9. Elle n\u2019a pas renonc\u00e9 \u00e0 sa mission \u00e9vang\u00e9lisatrice. Elle n\u2019a pas choisi le silence ni la fuite. Au contraire, elle s\u2019est enracin\u00e9e, elle s\u2019est adapt\u00e9e, elle s\u2019est engag\u00e9e plus encore, au risque de sa propre existence.<\/p>\n<p>Oui, des pr\u00eatres ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9s et tu\u00e9s, des cat\u00e9chistes et des fid\u00e8les assassin\u00e9s, des \u00e9glises ferm\u00e9es, des chapelles incendi\u00e9es, des lieux de pri\u00e8re d\u00e9sert\u00e9s. Mais l\u2019\u00c9glise reste l\u00e0, pr\u00e9sente, servante, vivante, priante, souffrante, et profond\u00e9ment solidaire du peuple.<\/p>\n<p>Dans les paroisses rurales comme dans les quartiers p\u00e9riph\u00e9riques des grandes villes, les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes continuent de se rassembler, parfois en plein air, parfois dans la discr\u00e9tion, parfois sous la menace. Mais elles prient, chantent, et partagent. Elles interc\u00e8dent pour la paix. A la fin de chaque c\u00e9l\u00e9bration Eucharistique, une pri\u00e8re est dite en faveur de la paix.<\/p>\n<p>Les religieuses continuent d\u2019enseigner, de soigner, d\u2019\u00e9couter. Elles accueillent des femmes d\u00e9plac\u00e9es, accompagnent des enfants traumatis\u00e9s, pr\u00e9parent des repas collectifs dans des \u00e9coles de fortune. Leur seule pr\u00e9sence est un t\u00e9moignage. Leur calme est une force. Leur engagement est un baume pour des communaut\u00e9s boulevers\u00e9es.<\/p>\n<p>Les mouvements d\u2019action catholique, les jeunes de l\u2019AJEC, les scouts, les groupes de pri\u00e8res organisent des collectes de vivres, des activit\u00e9s d\u2019accueil, des groupes de parole pour les personnes d\u00e9plac\u00e9es. Ils prient avec les musulmans. Ils tendent la main aux non-croyants. Ils redonnent un sens \u00e0 la solidarit\u00e9 dans un temps o\u00f9 tout semble s\u2019effondrer.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9glise ne joue pas un r\u00f4le ext\u00e9rieur. Elle est de l\u2019int\u00e9rieur du peuple. Elle vit ses douleurs. Elle parle sa langue. Elle conna\u00eet ses blessures. Elle partage son pain. Elle tient la main des veuves. Elle enterre les martyrs. Elle b\u00e9nit les enfants. Elle pr\u00e9pare les fun\u00e9railles avec dignit\u00e9. Elle maintient la foi comme on entretient une flamme au creux de la nuit.<br \/>\n\uf0d8 Dans la nuit du chaos, l\u2019\u00c9glise famille de Dieu du Burkina n\u2019a pas quitt\u00e9 son poste. Elle n\u2019a pas fui le feu. Elle reste une sentinelle \u00e9veill\u00e9e, humble et ferme, fid\u00e8le \u00e0 l\u2019appel du Christ. M\u00eame pers\u00e9cut\u00e9e, elle reste debout et solidaire : \u00ab Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes d\u2019aujourd\u2019hui [&#8230;] sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ. \u00bb (Gaudium et Spes, \u00a71).<\/p>\n<p>VII. Une interpellation forte \u00e0 la conscience mondiale<\/p>\n<p>Ce qui se passe aujourd\u2019hui au Burkina Faso ne concerne pas uniquement le Burkina Faso. Ce drame d\u00e9passe les fronti\u00e8res. Il interpelle l\u2019humanit\u00e9. Il questionne le sens m\u00eame de notre fraternit\u00e9 mondiale. Et il oblige chacun \u2014 institutions, gouvernements, peuples, religions, m\u00e9dias \u2014 \u00e0 se positionner avec clart\u00e9 : allons-nous continuer \u00e0 d\u00e9tourner le regard ou allons-nous enfin prendre notre part de responsabilit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Les institutions internationales ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es apr\u00e8s les grandes guerres pour prot\u00e9ger les peuples contre les exc\u00e8s de la violence, contre les logiques d\u2019an\u00e9antissement, contre les g\u00e9nocides silencieux. L\u2019Organisation des Nations Unies, l\u2019Union africaine, les cours de justice internationales, les agences humanitaires&#8230; Que font-elles aujourd\u2019hui face \u00e0 l\u2019agonie de millions de personnes au Sahel ?<\/p>\n<p>Comment expliquer que tant d\u2019armes circulent dans des zones o\u00f9 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la nourriture et \u00e0 l\u2019eau potable est limit\u00e9 ? Comment comprendre que les drones, les mines artisanales, les armes automatiques de haute pr\u00e9cision puissent \u00eatre achemin\u00e9s alors que les m\u00e9dicaments manquent dans les h\u00f4pitaux ? Qui ferme les yeux ? Qui laisse faire ? Qui en profite ?<\/p>\n<p>Et les \u00c9tats puissants, qui ont la technologie, l\u2019intelligence, les satellites, les r\u00e9seaux diplomatiques, que disent-ils ? O\u00f9 sont les appels au respect du droit humanitaire ? O\u00f9 sont les condamnations claires et les d\u00e9cisions courageuses ? Pourquoi certains pays sont-ils les \u00e9ternels oubli\u00e9s des urgences mondiales ?<\/p>\n<p>Et les multinationales, qui investissent dans les mines, qui signent des accords dans les coulisses, qui b\u00e9n\u00e9ficient parfois des effets de la guerre, sont-elles pr\u00eates \u00e0 remettre en cause un mod\u00e8le de profit qui repose sur l\u2019effondrement des peuples ?<\/p>\n<p>Et nous-m\u00eames, citoyens du monde, hommes et femmes de bonne volont\u00e9, avons-nous la conscience tranquille ? Pouvons-nous dormir en paix en sachant que des enfants sont sacrifi\u00e9s pour des int\u00e9r\u00eats invisibles ? Que des femmes vivent dans la peur chaque nuit ? Que des communaut\u00e9s enti\u00e8res sont effac\u00e9es de la carte ?<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas une exag\u00e9ration. C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. Un crime collectif par indiff\u00e9rence et inaction.<\/p>\n<p>Il est temps d\u2019agir, de sortir du silence, de d\u00e9passer les communiqu\u00e9s diplomatiques, de transformer les r\u00e9solutions en engagements concrets. Il est temps de faire pression pour que les routes soient s\u00e9curis\u00e9es, pour que les d\u00e9plac\u00e9s soient prot\u00e9g\u00e9s, pour que les responsables soient identifi\u00e9s, pour que les ressources du Sahel b\u00e9n\u00e9ficient aux populations du Sahel.<br \/>\nIl est grand temps que la conscience mondiale se r\u00e9veille, que les religions s\u2019unissent dans une d\u00e9claration commune, que les peuples s\u2019indignent, que les institutions r\u00e9pondent, que les soci\u00e9t\u00e9s multinationales se convertissent \u00e0 une \u00e9thique de la responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Le silence, dans ce contexte, n\u2019est pas neutre. Il est complice. Et les g\u00e9n\u00e9rations futures demanderont : \u00ab Que faisiez-vous quand l\u2019Afrique br\u00fblait ? \u00bb Et chacun devra r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, au nom de la foi, au nom de la vie, au nom de la dignit\u00e9 humaine, nous disons : \u00e7a suffit. Le sang des innocents ne peut plus irriguer l\u2019\u00e9conomie mondiale. Le silence des puissants ne peut plus couvrir le cri des pauvres. Et l\u2019indiff\u00e9rence ne peut plus \u00eatre la r\u00e9ponse \u00e0 la souffrance.<br \/>\nC\u2019est un appel. C\u2019est une interpellation. C\u2019est une responsabilit\u00e9.<br \/>\n\uf0d8 Il ne s\u2019agit plus simplement d\u2019alerter. Il faut r\u00e9veiller les consciences, exiger la justice, d\u00e9noncer les silences qui tuent. C\u2019est une exigence biblique, autant qu\u2019un devoir moral :<br \/>\n\u00ab Apprenez \u00e0 faire le bien, recherchez la justice, redressez l\u2019opprim\u00e9, faites droit \u00e0 l\u2019orphelin, plaidez pour la veuve. \u00bb (Isa\u00efe 1, 17)<\/p>\n<p>L\u2019interpellation que nous lan\u00e7ons ici ne cherche pas la pol\u00e9mique. Elle cherche la v\u00e9rit\u00e9. Et elle attend des r\u00e9ponses dignes de la conscience humaine.<\/p>\n<p>Conclusion : L\u2019Esp\u00e9rance comme acte proph\u00e9tique<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019extr\u00e9misme violent qui ravage des vies, des villages, des m\u00e9moires, et des espoirs, certains pourraient \u00eatre tent\u00e9s de conclure que tout est perdu, que l\u2019ombre est trop grande, que la nuit est trop profonde, que l\u2019humanit\u00e9 s\u2019effondre.<br \/>\nMais ce n\u2019est pas notre lecture. Ce n\u2019est pas notre foi, notre r\u00eave ni notre esp\u00e9rance.<\/p>\n<p>Nous croyons, profond\u00e9ment, que l\u2019histoire ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Que ce qui semble \u00eatre une d\u00e9faite peut devenir une source de renaissance. Que m\u00eame au pied de la croix, une r\u00e9surrection est possible. L\u2019esp\u00e9rance, pour nous, n\u2019est pas na\u00efvet\u00e9. Elle est acte proph\u00e9tique. Elle est acte de r\u00e9sistance spirituelle. Elle est une posture face \u00e0 l\u2019absurde, une affirmation radicale de la vie face \u00e0 la culture de la mort. Ce n\u2019est pas attendre que tout aille mieux. C\u2019est agir pour que quelque chose de beau subsiste, m\u00eame dans la tourmente. C\u2019est choisir la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 Dieu, \u00e0 l\u2019humain, \u00e0 la dignit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 tout semble pousser \u00e0 l\u2019abandon.<\/p>\n<p>Et l\u2019\u00c9glise, dans ce contexte, n\u2019a pas seulement un r\u00f4le moral. Elle a une mission existentielle, proph\u00e9tique : celle de tenir debout quand tout s\u2019effondre, de pr\u00eacher la paix quand la guerre s\u2019impose, de proclamer la lumi\u00e8re quand la nuit s\u2019\u00e9paissit, de croire en l\u2019homme, m\u00eame quand l\u2019homme se perd.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi je conclurai par cette certitude : Le chaos n\u2019aura pas le dernier mot. Le mensonge ne triomphera pas de la v\u00e9rit\u00e9. La haine ne vaincra pas l\u2019amour. Et le sang vers\u00e9 des innocents deviendra semence d\u2019un avenir meilleur, si nous avons le courage de ne pas oublier, de ne pas abandonner, de continuer \u00e0 r\u00eaver, \u00e0 aimer ensemble.<\/p>\n<p>Que chaque homme, chaque femme, chaque institution ici pr\u00e9sente entende cet appel. Non comme une accusation, mais comme une mission. Le Burkina Faso saigne, mais il esp\u00e8re. Le Sahel tremble, mais il prie. L\u2019Afrique souffre, mais elle r\u00e9siste.<\/p>\n<p>Et le pape Beno\u00eet XVI nous le rappelle dans son encyclique Spe Salvi :<br \/>\n\u00ab L\u2019esp\u00e9rance chr\u00e9tienne n\u2019est jamais individuelle. Elle est toujours aussi esp\u00e9rance pour les autres. \u00bb (\u00a735)<\/p>\n<p>Merci \u00e0 tous pour votre \u00e9coute et votre engagement. Puissions-nous r\u00eaver ensemble et \u0153uvrer constamment pour l\u2019av\u00e8nement d\u2019un monde meilleur.<\/p>\n<p>Que la pri\u00e8re de Marie, Reine de la Paix, dont le c\u0153ur est toujours orient\u00e9 vers la volont\u00e9 de Dieu, consolide et affermisse tout effort en faveur de la r\u00e9conciliation de la justice et de la paix. (Cf. Mt 5, 6).<\/p>\n<p>Philippe Cardinal Ou\u00e9draogo<br \/>\nArchev\u00eaque Em\u00e9rite de Ouagadougou<br \/>\nBURKINA FASO<br \/>\n#BurkinaOnline<\/p>\n<p>\ud83d\ude80 Initiez-vous \u00e0 l\u2019Intelligence Artificielle \u00e0 Ouagadougou \u2013 Samedi 26 juillet 2025 !<br \/>\nTransformez votre avenir en une journ\u00e9e. Plus d\u2019info en cliquant sur ce lien : <a href=\"http:\/\/wa.me\/77767777\">wa.me\/77767777<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9minences, Excellences, Honorables participants au symposium, Mesdames, Messieurs, Je voudrais avant tout propos adresser \u00e0&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":8204,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,30,10,11,13],"tags":[],"class_list":["post-8203","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-post","category-aes","category-burkina-faso","category-politique","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8203"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8203\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8206,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8203\/revisions\/8206"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8204"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}