{"id":9568,"date":"2026-03-26T09:09:42","date_gmt":"2026-03-26T09:09:42","guid":{"rendered":"https:\/\/burkinaonline.net\/?p=9568"},"modified":"2026-03-26T09:09:42","modified_gmt":"2026-03-26T09:09:42","slug":"%f0%9f%94%b4burkinafaso-projet-de-loi-sur-la-libere-religieuse-lanalyse-de-limam-ismael-tiendrebeogo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/burkinaonline.net\/?p=9568","title":{"rendered":"\ud83d\udd34#BurkinaFaso | Projet de loi sur la lib\u00e8re religieuse : l\u2019analyse de l\u2019imam Isma\u00ebl Tiendrebeogo"},"content":{"rendered":"<p>Le Gouvernement a annonc\u00e9 un projet de loi devant encadrer la pratique du culte et r\u00e9affirmer la libert\u00e9 de culte, dans un contexte o\u00f9 la coh\u00e9sion sociale est mise \u00e0 mal par des propos haineux sur les r\u00e9seaux sociaux. Les principaux \u00e9l\u00e9ments en sont : la r\u00e9affirmation de la la\u00efcit\u00e9 comme pilier du vivre ensemble, dans une logique de coh\u00e9sion nationale, l\u2019encadrement de l\u2019implantation des lieux de culte selon les r\u00e8gles d\u2019urbanisme, l\u2019interdiction de l\u2019installation de lieux de culte dans les services publics, en dehors des \u00e9tablissements de sant\u00e9, prisons, camps et casernes, l\u2019\u00e9diction de sanctions contre les propos haineux et les nuisances li\u00e9es \u00e0 l\u2019exercice du culte.<\/p>\n<p>Ce texte rappelle un projet pr\u00e9c\u00e9dent, retir\u00e9 en 2017, apr\u00e8s des controverses par l\u2019Assembl\u00e9e nationale, que pr\u00e9sidait feu Salif DIALLO. Si les projets sont nombreux, c\u2019est bien la preuve du besoin ou de la volont\u00e9 politique d\u2019encadrer la pratique religieuse au Burkina Faso. Mais si celui de 2017 n\u2019a pas abouti, c\u2019est bien pour des raisons, qu\u2019il faudra prendre en compte dans le nouveau contexte de 2026.<\/p>\n<p>PARTIE 1.<\/p>\n<p>De la n\u00e9cessit\u00e9 de la\u00efcit\u00e9 et de sa d\u00e9finition concert\u00e9e<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 multiconfessionnelle comme la n\u00f4tre, dans le contexte de guerres contre le terrorisme, a besoin que soit r\u00e9affirm\u00e9e, d\u2019une part, la la\u00efcit\u00e9 comme pilier du vivre ensemble, dans une logique de coh\u00e9sion nationale, et d\u2019autre part, que soient prises des mesures pour l\u2019encadrement de l\u2019implantation des lieux de culte selon les r\u00e8gles d\u2019urbanisme. Il est vrai que, jusqu\u2019\u00e0 ce jour, la la\u00efcit\u00e9, dont la r\u00e9affirmation est ici souhait\u00e9e n\u2019a jamais fait l\u2019objet de d\u00e9finition, malgr\u00e9 son inscription dans les intentions du Forum national sur la la\u00efcit\u00e9, tenu du 27 au 29 septembre 2012 sur recommandation des Assises nationales sur les r\u00e9formes politiques organis\u00e9es du 07 au 09 d\u00e9cembre 2011. Ledit forum se d\u00e9roula sous la pr\u00e9sidence de Ars\u00e8ne Boignessan YE, \u00e0 l\u2019\u00e9poque ministre charg\u00e9 des Reformes Politiques, alors que Jer\u00f4me BOUGOUMA \u00e9tait ministre de l\u2019Administration territoriale mais s\u2019acheva en queue de poisson si l\u2019on peut dire.<\/p>\n<p>La d\u00e9finition de la la\u00efcit\u00e9 burkinab\u00e8 est pourtant d\u2019autant souhait\u00e9e que la pratique de l\u2019\u00c9tat en mati\u00e8re de la\u00efcit\u00e9 interroge des communaut\u00e9s religieuses sur sa neutralit\u00e9 et l\u2019\u00e9quidistance qu\u2019il devrait observer \u00e0 l\u2019\u00e9gard des communaut\u00e9s religieuses. Par exemple, \u00e9tait-ce \u00e0 l\u2019\u00c9tat, la\u00efc, de d\u00e9terminer lors du Conseil des ministres du 6 mars 2024, une date de comm\u00e9moration d\u2019activit\u00e9s de la religion traditionnelle ou devrait-ce \u00eatre du ressort des communaut\u00e9s de proposer leur date \u00e0 l\u2019officialisation ? L\u2019\u00c9tat, la\u00efc, a-t-il donn\u00e9 le choix \u00e0 ses repr\u00e9sentants de participer ou non \u00e0 ces activit\u00e9s coutumi\u00e8res et traditionnelles ?<\/p>\n<p>Un autre exemple est cette lettre anonyme, r\u00e9pertori\u00e9e dans les archives de la pr\u00e9sidence du Faso (Centre des archives nationales du Burkina, sous le num\u00e9ro 7V 485) :<br \/>\n\u00ab Nous venons par cette mise en garde, vous entretenir d\u2019un sujet qui nous tourmente depuis des ann\u00e9es. La goutte d\u2019eau fait d\u00e9border le vase dit-on et c\u2019est la raison pour laquelle nous pensons qu\u2019il est temps de vous sensibiliser et de vous mettre en garde&#8230; Mardi 25 d\u00e9cembre 1990. F\u00eate de la nativit\u00e9&#8230; Le ministre d\u00e9cide : les mass m\u00e9dia, patrimoine de tous les Burkinab\u00e8 sont \u00e0 la disposition des chr\u00e9tiens\u2026 la t\u00e9l\u00e9vision qui d\u2019ordinaire n\u2019\u00e9met que les seuls samedis et dimanches dans la journ\u00e9e s\u2019organise et d\u00e8s 12 h 30, elle \u00e9met et diffuse le message chr\u00e9tien jusqu\u2019\u00e0 la nuit&#8230; Mardi 16 avril 1991. F\u00eate de fin du je\u00fbne musulman. Journ\u00e9e ch\u00f4m\u00e9e et pay\u00e9e&#8230; la t\u00e9l\u00e9vision reste muette, plus muette qu\u2019une carpe dans la journ\u00e9e. Cette f\u00eate musulmane n\u2019a pas de signification&#8230; On peut continuer la s\u00e9rie, mais nous vous faisons gr\u00e2ce de la suite \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat traite-il ses communaut\u00e9s religieuses sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9, comme il le devrait en professant la la\u00efcit\u00e9, que lui impose sa Constitution, quand on sait que des communaut\u00e9s religieuses ne sont pas log\u00e9es \u00e0 la m\u00eame enseigne s\u2019agissant par exemple de la mise \u00e0 leur disposition de terrains pour leurs lieux de culte ?<br \/>\nComme l\u2019a rappel\u00e9 justement le Dr. BOUGOUMA, lors du Forum national sur la la\u00efcit\u00e9, il revient \u00e0 l\u2019\u00c9tat, pour donner vie \u00e0 la libert\u00e9 du culte garantie par notre constitution \u00e0 chaque citoyen burkinab\u00e8, d\u2019en r\u00e9unir les conditions de son exercice, notamment en mettant \u00e0 la disposition des communaut\u00e9s des espaces d\u00e9di\u00e9s \u00e0 leurs cultes. Or, comme l\u2019avait constat\u00e9 le Forum, il n\u2019en \u00e9tait rien. Pour preuve, l\u2019une de ses recommandations fut de rappeler \u00e0 l\u2019\u00c9tat que les communaut\u00e9s avaient droit, toutes au m\u00eame niveau, \u00e0 des lieux de culte et que, lors des lotissements ult\u00e9rieurs, il devait \u00eatre pr\u00e9vu des lieux de culte pour toutes les communaut\u00e9s religieuses. L\u2019\u00c9tat avait alors pris l\u2019engagement d\u2019en tenir compte et de mettre en \u0153uvre cette recommandation, dont le Directeur charg\u00e9 des cultes et de la coutume, Salifou KABORE en son temps, des ann\u00e9es plus tard, avait rappel\u00e9 la prise en compte.<\/p>\n<p>Mais depuis ce forum de 2012, combien de lotissements ont eu lieu ? Comment l\u2019\u00c9tat compte-t-il r\u00e9gler ce probl\u00e8me de disponibilit\u00e9 de lieux de culte pour ses communaut\u00e9s religieuses ?<\/p>\n<p>Pourtant, selon les points cl\u00e9s annonc\u00e9s relativement \u00e0 la future loi, si elle \u00e9tait adopt\u00e9e en l\u2019\u00e9tat, les lieux de culte sur des terrains autres que ceux r\u00e9serv\u00e9s au culte, devraient \u00eatre mis en conformit\u00e9 dans un d\u00e9lai d\u2019un mois. Une mesure pertinente pour les lieux de culte sauvages, car \u00e9tablis en dehors des terrains affect\u00e9s, on en convient. Mais quid des lieux de culte \u00e9rig\u00e9s sur des terrains non d\u00e9di\u00e9s, en correction de l\u2019absence de terrains non pr\u00e9vus par l\u2019\u00c9tat lors des lotissements ant\u00e9rieurs pour une communaut\u00e9 dont la libert\u00e9 de culte est garantie par l\u2019\u00c9tat et r\u00e9affirm\u00e9e dans les termes actuels de l\u2019avant-projet de loi ? Ces lieux de culte seront-ils d\u00e9molis ou r\u00e9affect\u00e9s, contre promesse d\u2019attribution d\u2019autres lieux de culte conformes, ou simplement supprim\u00e9s sans autre forme de proc\u00e8s ?<\/p>\n<p>Laquelle de ces deux options serait respectueuse de la libert\u00e9 de culte r\u00e9affirm\u00e9e, entendu que celle-ci ne peut exister sans les conditions de son exercice par les communaut\u00e9s ? L\u2019\u00c9tat a-t-il les ressources, pour reloger les lieux de culte conform\u00e9ment aux r\u00e8gles de l\u2019urbanisme, sous un mois, apr\u00e8s l\u2019adoption de cette loi en l\u2019\u00c9tat ou fera-t-il simplement un passage en force ? A-t-il du reste r\u00e9ajust\u00e9 les r\u00e8gles de l\u2019urbanismes pour prendre en compte la recommandation du Forum de pr\u00e9voir des lieux de culte pour toutes les communaut\u00e9s ?<\/p>\n<p>Sans aucun contredit, il est indispensable que l\u2019\u00c9tat, de concert avec les communaut\u00e9s religieuses, d\u00e9finisse d\u2019abord la la\u00efcit\u00e9 et indique les engagements qui seront les siens \u00e0 l\u2019\u00e9gard des communaut\u00e9s religieuses, conform\u00e9ment \u00e0 la d\u00e9finition qu\u2019il en fera. En effet, la la\u00efcit\u00e9 ne concerne que l\u2019\u00c9tat et ses d\u00e9membrements et jamais les particuliers, qui n\u2019ont pas \u00e0 \u00eatre la\u00efcs, qu\u2019ils soient religieux ou non.<\/p>\n<p>C\u2019est au regard du flou qui caract\u00e9rise les actions de l\u2019\u00c9tat dans notre contexte de la\u00efcit\u00e9, en l\u2019absence de toute d\u00e9finition, que, lors d\u2019un atelier organis\u00e9 \u00e0 Kombissiri par le Minist\u00e8re charg\u00e9 de l\u2019administration territoriale, autour de 2013, je n\u2019en ai plus la date exacte, les associations islamiques avaient sugg\u00e9r\u00e9 la mise en place d\u2019un observatoire national de la la\u00efcit\u00e9, dont la mission serait de passer \u00e0 la loupe les actions du gouvernement \u00e0 l\u2019\u00e9gard des communaut\u00e9s religieuses. Mais l\u2019\u00c9tat botta en touche pour imposer la cr\u00e9ation de l\u2019Observatoire national des faits religieux, pr\u00e9f\u00e9rant soustraire ses actions \u00e0 la la\u00efcit\u00e9 qui ne concerne que lui.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me point cl\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 par le Ministre relativement \u00e0 l\u2019avant-projet de loi, est de donner les moyens l\u00e9gaux \u00e0 l\u2019administration de prendre \u00e0 bras le corps la prolif\u00e9ration des discours haineux et des d\u00e9nigrements l\u00e9gions sur les r\u00e9seaux sociaux. Les gens y font tr\u00e8s peu cas de la dignit\u00e9, de l\u2019honneur d\u2019acteurs publics, religieux ou non, et mettent mal \u00e0 l\u2019aise la coh\u00e9sion sociale par leurs postes et tweets incons\u00e9quents. On peut tous le constater : c\u2019est \u00e0 qui mieux mieux fera preuve de moins d\u2019\u00e9ducation et de nuisance vis-\u00e0-vis des autres. Les r\u00e9seaux sociaux ont malheureusement acquis un tel pouvoir de nuisance qu\u2019il vaut mieux circonscrire, \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir rattraper les d\u00e9g\u00e2ts pass\u00e9s.<br \/>\nPour toutes ces raisons, il faut appeler au respect de la la\u00efcit\u00e9 et \u00e0 une culture de tol\u00e9rance entre burkinab\u00e8, surtout, dans le contexte qui est le n\u00f4tre, mais rappeler \u00e0 la prise en compte des raisons de l\u2019inaboutissement des pr\u00e9c\u00e9dentes initiatives dans ce sens.<\/p>\n<p>PARTIE 2<\/p>\n<p>Pourquoi les pr\u00e9c\u00e9dentes initiatives n\u2019ont pas abouti, \u00e0 commencer par la loi de 2017.<\/p>\n<p>Comme on le constate, depuis des d\u00e9cennies, la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019encadrement des actions de l\u2019\u00c9tat par la la\u00efcit\u00e9 se pose et des initiatives ont \u00e9t\u00e9 prises pour y r\u00e9pondre. La plus embl\u00e9matique de celles-ci \u00e9tant le projet de loi de 2017, parvenu jusqu\u2019\u00e0 l\u2019assembl\u00e9e nationale pour \u00eatre finalement retir\u00e9. La raison principale en \u00e9tait d\u2019une part, l\u2019absence de concertation de la partie musulmane, alors que ce fut le cas des autres communaut\u00e9s religieuses, et surtout, d\u2019autre part, l\u2019adoption de la strat\u00e9gie de l\u2019alignement. Plusieurs exemples fondent ma perception.<\/p>\n<p>Lors d\u2019un atelier, convoqu\u00e9 pour la validation du projet de loi, Souma\u00efla SAVADOGO, repr\u00e9sentant la F.A.I.B., s\u2019\u00e9tait vu refuser la possibilit\u00e9 de proposer des amendements au texte, au motif qu\u2019on n\u2019en \u00e9tait plus \u00e0 l\u2019\u00e9tape des amendements mais de celle de la validation, les communaut\u00e9s religieuses ayant eu l\u2019occasion de le faire lors d\u2019un pr\u00e9c\u00e9dent atelier.<\/p>\n<p>\u00c9tonn\u00e9 de cette r\u00e9ponse et surtout soup\u00e7onneux de son invraisemblance, il avait demand\u00e9 l\u2019identit\u00e9 du repr\u00e9sentant de la F.A.I.B. et s\u2019\u00e9tait entendu dire que c\u2019\u00e9tait l\u2019auteur de cette publication. S\u00e9ance tenante, il m\u2019a appel\u00e9 puis a rapport\u00e9 ma d\u00e9n\u00e9gation \u00e0 l\u2019organisation qui a alors bafouill\u00e9 : la F.A.I.B. n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e \u00e0 l\u2019atelier d\u2019amendement de la loi et l\u2019administration n\u2019avait pas r\u00e9pondu favorablement \u00e0 notre demande de transmission de certains documents, y compris la version finale, d\u2019apr\u00e8s-atelier. Jusqu\u2019\u00e0 ce jour. Lorsque le texte a refait surface \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, c\u2019est donc sans aucune surprise qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9.<\/p>\n<p>D\u2019autres exemples de la non-prise en compte de la position des associations islamiques existent, les gouvernements changent mais ce d\u00e9dain persite. Par exemple, \u00e0 l\u2019occasion des concertations pour l\u2019adoption de la journ\u00e9e de travail en continu, \u00ab le CERFI, \u00e0 travers la correspondance N\u00b02015-014\/CERFI\/BEN\/Pres\/CAB du 5 mai 2015, rest\u00e9e sans suite, attirait l\u2019attention de Monsieur le Ministre en charge de la Fonction Publique sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un am\u00e9nagement du temps de travail de la journ\u00e9e du vendredi, pour tenir compte de l\u2019obligation cultuelle des musulmans relative \u00e0 la grande pri\u00e8re hebdomadaire \u00bb (D\u00e9claration du 9 septembre 2015). La journ\u00e9e de travail en continu fut adopt\u00e9e dans un premier temps sans am\u00e9nagement pour la grande pri\u00e8re de vendredi.<\/p>\n<p>Puis, par la suite, les tractations, les d\u00e9clarations et les relances aboutirent\u2026<br \/>\nPourquoi cette situation ? La raison est simple. Pour de nombreux acteurs, y compris l\u2019Administration, ce serait uniquement les musulmans qui feraient des r\u00e9clamations alors que les autres semblent se satisfaire des d\u00e9cisions et textes. En r\u00e9alit\u00e9, cette compr\u00e9hension r\u00e9v\u00e8le une strat\u00e9gie de l\u2019alignement des confessions religieuses sur une organisation pr\u00e9existante d\u00e9finie en fonction d&rsquo;une communaut\u00e9 religieuse : si les autres communaut\u00e9s ne disent rien, pourquoi une en particulier devrait \u00e9lever sa voix ? Par exemple, sur la question de l\u2019am\u00e9nagement de la journ\u00e9e de travail en continu, pourquoi les autres communaut\u00e9s devraient faire des r\u00e9clamations alors que l\u2019organisation de la semaine de travail leur d\u00e9die un jour d\u2019adoration qui est f\u00e9ri\u00e9e, du fait de notre histoire coloniale ? Dimanche, ou jour du Seigneur, est justement f\u00e9ri\u00e9 pour permettre aux chr\u00e9tiens d\u2019aller \u00e0 leurs cultes. Quid des musulmans dans cette affaire ? Doivent-ils se taire sur la non-prise en compte de leur jour de culte alors que nous habitons un pays la\u00efc, cens\u00e9 leur accorder la possibilit\u00e9 de suivre leurs cultes de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019il l\u2019a fait pour les autres ?<\/p>\n<p>C\u2019est cette m\u00eame logique qui pr\u00e9vaut dans l\u2019avant-projet de loi actuel, dont la logique semble \u00eatre d\u2019interdire la possibilit\u00e9 d\u2019am\u00e9nagement d\u2019espaces de pri\u00e8re, sans indiquer la communaut\u00e9 en question par fausse neutralit\u00e9. Il est de notori\u00e9t\u00e9 que seuls les musulmans seront concern\u00e9s par cette interdiction et qu&rsquo;elle ne pose aucun probl\u00e8me aux autres confessions religieuses du fait de leurs pratiques. Du coup, prendre une mesure cibl\u00e9e et appeler une communaut\u00e9 religieuse \u00e0 ne pas r\u00e9agir parce que les autres ne r\u00e9agissent pas est juste un pi\u00e8ge insidieux.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 de culte ne devrait pas \u00eatre une libert\u00e9 relative, comparativement \u00e0 une communaut\u00e9 donn\u00e9e, mais une libert\u00e9 absolue, que chaque communaut\u00e9 exerce en tenant compte de ses sp\u00e9cificit\u00e9s. Cette libert\u00e9-l\u00e0, seuls peuvent la remettre en cause, le maintien de l\u2019ordre public ou la pr\u00e9servation de la s\u00e9curit\u00e9 nationale et de la sant\u00e9 publique, jamais la comparaison avec les pratiques des autres, y compris le laxisme dans la pratique religieuse de certains. Si les musulmans prient cinq fois par jour, comment leur opposer des pratiques religieuses hebdomadaires pour restreindre leur libert\u00e9 de culte ? Si les autres ne se plaignent pas, pourquoi cela devrait lier les musulmans dans leurs r\u00e9actions ?<\/p>\n<p>Chaque communaut\u00e9 doit pouvoir exercer sa libert\u00e9 de culte, sans qu&rsquo;on la renvoie \u00e0 une autre communaut\u00e9. Elles sont ind\u00e9pendantes.<\/p>\n<p>Je rappelle \u00e0 toutes fins utiles qu\u2019un projet de loi avec le m\u00eame intitul\u00e9 a fait l\u2019objet de concertations, en 2022, avec les communaut\u00e9s religieuses (musulmanes, chr\u00e9tiennes et coutumi\u00e8res) appuy\u00e9es par des techniciens de l\u2019Administration territoriale.<\/p>\n<p>Sur le point pr\u00e9cis de la pr\u00e9sence d\u2019espaces de pri\u00e8re dans les administrations publiques, les participants \u00e0 l\u2019atelier avaient propos\u00e9 le maintien des espaces de pri\u00e8res existant jusqu\u2019\u00e0 la date de l\u2019adoption du texte. Mais \u00e0 \u00e9couter le Ministre de l\u2019Administration, ce ne serait pas le cas de la version qu\u2019il porte, puisqu\u2019il mentionne l\u2019interdiction de toute forme d\u2019am\u00e9nagement et le d\u00e9lai d\u2019un mois pour supprimer les espaces existants. Qu\u2019est-ce qui pourrait expliquer ce durcissement et ces changements drastiques, apr\u00e8s des concertations inclusives encadr\u00e9es par l&rsquo;administration ? Des atteintes \u00e0 la coh\u00e9sion sociale ? Des atteintes \u00e0 la la\u00efcit\u00e9 ? Des risques d\u2019extr\u00e9misme religieux ? Quelle causalit\u00e9 peut-on trouver entre ces espaces de pri\u00e8res, qui existent pour certains depuis pr\u00e8s d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es, et des recriminations ? Pour le cas par exemple, de l\u2019Universit\u00e9 de Ouagadougou, l\u2019actuel universit\u00e9 Ky-ZERBO, de nombreux espaces de pri\u00e8re existent depuis plus de trente ans. Il en est de m\u00eame dans de nombreux services publics.<\/p>\n<p>Ces espaces n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9s par bravade ou par esprit sectaire mais par n\u00e9cessit\u00e9 car ils permettent aux musulmans d\u2019exercer leur libert\u00e9 de culte tel que garanti par la Constitution et prescrit par leur foi.<\/p>\n<p>Qu\u2019a-t-on eu \u00e0 leur reprocher ? Est-ce des reproches extensibles \u00e0 l\u2019ensemble des espaces de pri\u00e8re dans de nombreux services ? Quelles raisons peuvent soutenir une interdiction globale d\u2019une pratique qui existe depuis des d\u00e9cennies ?<\/p>\n<p>A l&rsquo;allure o\u00f9 vont les choses, des lettres d&rsquo;avis du cerfi, suite \u00e0 l&rsquo;appel \u00e0 des concertations class\u00e9es sans suite, des concertations avec toutes les communaut\u00e9s dont les r\u00e9sultats sont jet\u00e9s \u00e0 la poubelle, \u00e0 cette allure, il serait plus sain pour les communaut\u00e9s religieuses de rejeter les appels \u00e0 la concertation de l&rsquo;administration pour ne pas servir de faire-valoir dans l&rsquo;adoption de mesures d\u00e9j\u00e0 concoct\u00e9es ou parce que les ateliers n&rsquo;ont que le vernis des cadres de consid\u00e9ration et n&rsquo;ont pas pour intention de prendre en compte les avis des communaut\u00e9s.<\/p>\n<p>Partie 3 (fin).<\/p>\n<p>La la\u00efcit\u00e9 d&rsquo;alignement : la fuite en avant.<\/p>\n<p>Parmi les arguments de certains, est celui de dire : si l&rsquo;on doit donner un espace de culte \u00e0 une communaut\u00e9, il faudrait en donner \u00e0 toutes. Comme l&rsquo;on ne peut pas donner \u00e0 chacune un espace, alors on l&rsquo;interdira \u00e0 tous ! Le danger de ce raisonnement est que l&rsquo;on viendrait \u00e0 interdire la libert\u00e9 de culte tout court, sur ce motif l\u00e0 ! On y est d\u00e9j\u00e0 puisque l&rsquo;on interroge une communaut\u00e9 sur pourquoi elle r\u00e9agirait si les autres ne disent rien.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est donc pas un argument : c&rsquo;est une fuite en avant. La la\u00efcit\u00e9 n&rsquo;est pas de donner aux autres, ce que l&rsquo;on a accord\u00e9 \u00e0 une communaut\u00e9 ou qu&rsquo;une communaut\u00e9 r\u00e9clame ce que l&rsquo;on aurait donn\u00e9 \u00e0 une autre. Quelle communaut\u00e9 religieuse a des pratiques variables, fond\u00e9es sur ce que font les autres communaut\u00e9s ? Aucune. Chaque communaut\u00e9 a ses sp\u00e9cificit\u00e9s !<\/p>\n<p>Au quotidien, dans nos espaces priv\u00e9s, quelle communaut\u00e9 pratique la m\u00eame chose que l&rsquo;autre, dans les m\u00eames conditions ? Ou, parce que l&rsquo;on serait dans le domaine public, il faudrait faire ou pratiquer comme les autres ou donner la m\u00eame chose aux autres ?<\/p>\n<p>Combien ont des autels sacrificatoires dans leurs boutiques, entreprises ou autres ? Des chapelles ? Combien d&rsquo;espaces de pri\u00e8res devant des boutiques et autres lieux de travail ?<\/p>\n<p>Pour \u00e9viter cette navigation \u00e0 vue et des d\u00e9cisions \u00e0 la t\u00eate du client, encore une fois, on ne peut faire l&rsquo;\u00e9conomie de la d\u00e9finition de la la\u00efcit\u00e9. Si l&rsquo;on adoptait une la\u00efcit\u00e9 d&rsquo;alignement, on dira aux communaut\u00e9s, vous aurez droit \u00e0 l&rsquo;identique aux m\u00eames choses et faites les m\u00eames choses aux m\u00eames heures dans les m\u00eames conditions quand vous \u00eates dans l&rsquo;espace public. Si l&rsquo;on votait pour une la\u00efcit\u00e9 d&rsquo;\u00e9quit\u00e9, on dira aux gens que chacun aura droit \u00e0 ce qui lui permet d&rsquo;exercer sp\u00e9cifiquement sa libert\u00e9 de culte dans l&rsquo;espace public.<\/p>\n<p>Sans cette base, qui pr\u00e9cise ce que l&rsquo;on entend par la\u00efcit\u00e9, il faut en rester, pour le moment, \u00e0 libert\u00e9 de culte telle que garantie en priv\u00e9 ou en public, individuellement ou collectivement, par la Constitution du Burkina et les instruments internationaux (convention des nations unies sur la non discrimination&#8230;, la d\u00e9claration universelle des droits de l&rsquo;homme, etc.)<\/p>\n<p>En attendant cette d\u00e9finition et la mise en conformit\u00e9 avec celle-ci, malgr\u00e9 les dispositions pertinentes de la Constitution, ce sont bien des musulmanes\/musulmans :<\/p>\n<p>&#8211; que l&rsquo;on continue de brimer dans les \u00e9coles \u00e0 cause du port du voile (malgr\u00e9 les nombreuses circulaires de plusieurs ministres charg\u00e9s de l&rsquo;enseignement, qui l&rsquo;autorisent et surtout l&rsquo;absence de base l\u00e9gale pour son interdiction dans l&rsquo;espace scolaire et parascolaire) ;<\/p>\n<p>&#8211; \u00e0 qui l&rsquo;on interdit encore de porter le voile sur leur photo d&rsquo;identit\u00e9 malgr\u00e9 les directives claires de l&rsquo;ONI qui l&rsquo;autorise (le dernier cas en date est celui connu de Bobo, sans compter les nombreux autres cas non r\u00e9pertori\u00e9s) ;<\/p>\n<p>&#8211; \u00e0 qui l&rsquo;on fait des mis\u00e8res dans les administrations publiques pour leurs pri\u00e8res, avant m\u00eame l&rsquo;adoption de cette loi et en l&rsquo;absence de base l\u00e9gale, puisque le projet de cette loi dit combler un vide juridique.<\/p>\n<p>Ces genres de cas d&rsquo;entrave \u00e0 la libert\u00e9 de culte sont l\u00e9gions et sont rapport\u00e9s quasiment quotidiennement aux structures musulmanes et \u00e0 des leaders religieux directement.<\/p>\n<p>Si en l&rsquo;absence de texte et malgr\u00e9 la pr\u00e9sence de textes dans certaines mati\u00e8res, il y a ces difficult\u00e9s d\u00e9j\u00e0, qu&rsquo;adviendra-t-il avec des textes qui accompagneront d&rsquo;eau la paille pour ceux qui avaient envie d&rsquo;en avaler ?<\/p>\n<p>Quelle garantie auraient les communaut\u00e9s sur l&rsquo;interpr\u00e9tation vertueuse des dispositions de la loi, qui pourraient \u00eatre salutaires (car je ne jette pas le b\u00e9b\u00e9 avec l&rsquo;eau du bain), sur leur libert\u00e9 de culte quand l&rsquo;action de l&rsquo;\u00c9tat, jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, ne parvient pas encore \u00e0 tarire la source des brimades malgr\u00e9 des textes ou en l&rsquo;absence de bases l\u00e9gales ?<\/p>\n<p>Serions-nous en tort de ne pas vouloir \u00eatre l\u00e9ch\u00e9s par ce qui pourrait nous avaler ?<br \/>\n#BurkinaOnline<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Gouvernement a annonc\u00e9 un projet de loi devant encadrer la pratique du culte et&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9569,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,13],"tags":[],"class_list":["post-9568","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-post","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9568","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9568"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9568\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9570,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9568\/revisions\/9570"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/9569"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9568"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9568"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/burkinaonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9568"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}