Mozambique : trois journalistes blessés, la protection des médias mise en cause

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La couverture des manifestations politiques devient une nouvelle fois une source de préoccupation pour les professionnels des médias au Mozambique. Trois journalistes ont été blessés le samedi 15 août à Quelimane, dans la province de Zambézie, alors qu’ils couvraient une marche organisée par le parti Anamola, dirigé par l’opposant Venâncio Mondlane.

La manifestation avait été organisée pour marquer le premier anniversaire de l’Anamola, formation politique créée autour de Venâncio Mondlane. La marche a dégénéré lorsque la Police de la République du Mozambique (PRM) est intervenue pour empêcher ou disperser le rassemblement. Plusieurs personnes ont été affectées par l’intervention, parmi lesquelles trois journalistes. Selon l’organisation mozambicaine Plataforma Decide, qui a suivi les événements, au moins neuf personnes ont été touchées, dont deux participants blessés et deux enfants affectés par les gaz lacrymogènes. L’organisation a appelé à une enquête indépendante.

Les autorités policières et les organisateurs ne donnent toutefois pas la même explication de l’intervention. La police affirme avoir averti les organisateurs que les conditions de sécurité n’étaient pas réunies, notamment en raison de la tenue simultanée d’un festival local. Elle affirme également que la dispersion est intervenue après des actes de défiance envers les autorités et le jet de pierres contre un véhicule de police.

La PRM nie par ailleurs avoir utilisé des munitions réelles et affirme avoir eu recours uniquement à des gaz lacrymogènes pendant environ cinq minutes. De son côté, Venâncio Mondlane rejette la version policière selon laquelle les organisateurs avaient été prévenus que la marche ne pouvait pas avoir lieu et conteste les accusations portées contre ses partisans.

Dans ce contexte tendu, les journalistes présents sur le terrain se sont retrouvés au cœur de l’affrontement. Leur présence, pourtant destinée à documenter les événements et à informer le public, ne devrait pas faire d’eux des cibles des forces de sécurité.

La blessure des trois professionnels des médias a suscité une réaction du Media Institute of Southern Africa (MISA) et du Syndicat national des journalistes du Mozambique (SNJ). Les deux organisations ont condamné les violences et rappelé que le journalisme est une activité d’intérêt public.

Elles ont notamment insisté sur le fait que les journalistes, lorsqu’ils sont clairement identifiés et exercent leur métier, ne doivent en aucun cas être considérés comme des obstacles ou des cibles par les forces de sécurité. MISA et le SNJ ont également rencontré le commandant provincial de la police afin de lui présenter leur compte rendu des événements et de demander une meilleure protection des journalistes lors de la couverture des manifestations, rassemblements et autres situations à risque.

L’incident de Quelimane intervient dans un contexte où les journalistes mozambicains sont régulièrement exposés aux violences et aux intimidations lorsqu’ils couvrent des manifestations politiques.

Récemment, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a encore alerté sur les pressions exercées contre des journalistes au Mozambique, notamment dans le cadre de leur travail d’investigation.

Pour MISA et le SNJ, la réponse passe par une meilleure prise en compte du rôle des médias par les forces de sécurité. Les événements du 15 août montrent en tout cas que, lors des manifestations politiques, la protection des journalistes demeure un enjeu majeur pour la liberté de la presse au Mozambique.

Fabrice Sandwidi

www.burkinaonline.net

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