Burkina Faso : la BAD estime la croissance économique à 5,3 % en 2025 et appelle à accélérer le financement du développement

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Dans son Rapport pays 2026 (publié le 09 octobre 2026) consacré au Burkina Faso, la Banque africaine de développement met en lumière les performances économiques du pays, tout en soulignant les défis liés à la sécurité, à l’emploi et au financement de l’économie. L’institution préconise une mobilisation accrue des ressources nationales, le développement du secteur privé et une meilleure utilisation de la dette publique.

L’économie burkinabè affiche des performances encourageantes, malgré un contexte marqué par des défis sécuritaires et humanitaires, des tensions géopolitiques et des incertitudes sur les marchés internationaux. Dans son Rapport pays 2026, la Banque africaine de développement (BAD) avait initialement estimé la croissance du produit intérieur brut (PIB) du Burkina Faso à 6,3 % en 2025, contre 5 % en 2024. Toutefois, dans un addendum statistique publié en octobre 2026, l’institution a révisé cette estimation à 5,3 % pour 2025 et celle de 2024 à 4,8 %.

Intitulé « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement du Burkina Faso dans un monde fragmenté », le document analyse les perspectives économiques du pays et les moyens de financer durablement sa transformation économique.

L’or et l’agriculture, moteurs de la croissance

La performance économique enregistrée en 2025 repose notamment sur la contribution des secteurs minier, agricole et des services. La production aurifère a atteint 90,7 tonnes en 2025, contre 87,3 tonnes en 2024. Selon le rapport, l’or représente 91,3 % des recettes d’exportation du pays et environ un cinquième des recettes publiques.

L’agriculture affiche également des résultats significatifs. La production céréalière a dépassé 7,1 millions de tonnes en 2025, soit une hausse de 39 % par rapport à 2023. Cette progression est notamment associée à une pluviométrie favorable et au soutien des pouvoirs publics.

Le secteur des services, qui génère près de la moitié du PIB, demeure par ailleurs un pilier de l’activité économique, notamment à travers le commerce et les activités financières.

Malgré ces résultats, la BAD souligne la nécessité de transformer cette croissance en gains durables pour les populations, particulièrement en matière d’emploi, de réduction de la pauvreté et d’amélioration des conditions de vie.

Des finances publiques en amélioration, mais des défis persistants

Le rapport relève une amélioration de plusieurs indicateurs macroéconomiques. L’inflation est passée de 4,2 % en 2024 à une déflation de 0,5 % en 2025.

Le déficit budgétaire s’est également réduit dans les estimations initiales du document, passant de 5,8 % du PIB en 2024 à 3,7 % en 2025. L’addendum statistique d’octobre 2026 actualise toutefois ces données : le solde budgétaire, dons compris, est désormais estimé à -5,5 % du PIB en 2024 et à -1,3 % en 2025.

Concernant la dette publique, le corps du rapport indique qu’elle représentait 53,8 % du PIB en 2025, contre 57,3 % en 2024. La BAD estime que la dette demeure viable et que le risque de surendettement reste modéré.

Toutefois, le poids de la dette intérieure constitue un enjeu important. Celle-ci représente 59,9 % de l’encours total, contre 40,1 % pour la dette extérieure. Le recours au marché financier régional permet à l’État de mobiliser des ressources, mais les échéances plus courtes et les coûts de financement généralement plus élevés de la dette intérieure peuvent exercer une pression sur les finances publiques.

Pour l’institution financière, l’efficacité des dépenses financées par l’endettement est donc déterminante. Les ressources empruntées doivent soutenir des investissements capables d’accroître la productivité et de renforcer les capacités économiques du pays.

L’emploi et le financement des entreprises au cœur des préoccupations

Au-delà des performances macroéconomiques, le Burkina Faso reste confronté à des difficultés structurelles. Le rapport estime le taux de chômage au sens du Bureau international du travail à 5,3 %, avec un taux de 8,5 % chez les jeunes. Le sous-emploi atteint, quant à lui, 26,6 %.

L’accès au financement demeure également une contrainte pour le secteur privé. Les crédits accordés aux entreprises et aux autres acteurs privés représentaient environ 24 % du PIB en 2025, contre 27,1 % en 2024.

Les investissements directs étrangers ont, pour leur part, fortement reculé, passant de 507 millions de dollars en 2023 à 83 millions en 2024, selon les données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) citées dans le rapport. Cette évolution souligne l’importance d’améliorer les conditions d’investissement et de diversifier les sources de financement de l’économie.

Mobiliser davantage de ressources nationales

Face aux besoins de financement du développement, la BAD recommande de renforcer la mobilisation des ressources intérieures. Cela passe notamment par l’amélioration de la collecte fiscale, la digitalisation des administrations fiscales et douanières, une meilleure gestion des finances publiques et une valorisation accrue des ressources naturelles.

L’institution préconise également le développement du système financier, la mise en place de mécanismes de garantie du crédit et le recours aux financements mixtes associant capitaux publics et privés.

Les partenariats public-privé constituent une autre piste pour financer les infrastructures et soutenir les investissements, notamment au niveau des collectivités territoriales. Le rapport encourage aussi la mobilisation de l’épargne de la diaspora à travers des instruments financiers adaptés.

Sur le plan extérieur, l’amélioration du climat des affaires, le renforcement du cadre juridique, la résolution des différends commerciaux et la coopération avec les institutions financières de développement sont présentés comme des leviers pour attirer de nouveaux capitaux.

RELANCE 2026-2030 : transformer la croissance en développement durable

Les recommandations de la BAD s’inscrivent dans les orientations du Plan national de développement RELANCE 2026-2030. L’institution insiste sur la nécessité de poursuivre les efforts en matière de sécurité, de renforcer la gouvernance économique, de développer les infrastructures de transport et d’énergie, de soutenir l’industrialisation et d’investir dans le capital humain.

La transformation locale des matières premières, la modernisation de l’agriculture, la formation professionnelle et le développement du secteur privé figurent également parmi les priorités mises en avant.

Les perspectives économiques restent néanmoins exposées aux chocs extérieurs, notamment aux fluctuations des prix du pétrole et aux tensions géopolitiques. Le Burkina Faso important la totalité de ses besoins en carburants et en gaz, une hausse prolongée des cours internationaux pourrait alourdir les dépenses publiques et affecter les coûts de production.

En définitive, le rapport de la Banque africaine de développement met en évidence un enjeu majeur pour le Burkina Faso : maintenir sa dynamique de croissance tout en améliorant sa capacité à financer son développement de manière autonome et durable. L’efficacité des investissements, la mobilisation des ressources nationales et la création d’emplois seront déterminantes pour que les performances économiques se traduisent par des progrès sociaux tangibles.

Source : Banque africaine de développement, Rapport pays 2026.

Gildas Kinda

www.burkinaonline.net

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