Burkina Faso : au barrage de Soum, 61 militaires reconvertis réussissent leur pari dans la pisciculture
Grâce à un partenariat entre le ministère chargé de l’Agriculture et celui de la Guerre et de la Défense patriotique, 61 militaires en reconversion développent la pisciculture en cages flottantes au barrage de Soum, dans la région du Nando. Plus de 1,22 million d’alevins ont été mis en production, avec des résultats encourageants et des défis à relever pour pérenniser cette activité.
La reconversion professionnelle des militaires en fin de carrière prend une tournure prometteuse au Burkina Faso. Au barrage de Soum, dans la région du Nando, la pisciculture en cages flottantes s’impose progressivement comme une nouvelle activité génératrice de revenus pour des soldats ayant choisi de préparer leur avenir dans les secteurs agropastoral et halieutique.
Le vendredi 9 octobre 2026, une délégation conduite par le secrétaire permanent de la Coordination des politiques sectorielles agricoles et du développement durable (SP/CPSADD), le Dr Rémy Palé, a effectué une visite sur le site afin d’évaluer les résultats de cette initiative. Vice-président du comité de suivi et d’évaluation de la convention liant les deux départements ministériels, il a notamment assisté à la quatrième récolte de poissons et constaté les progrès réalisés par les bénéficiaires.
Au barrage de Soum, 61 militaires reconvertis bénéficient de l’accompagnement du ministère de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques (MAERAH). Cette initiative s’inscrit dans une convention avec le ministère de la Guerre et de la Défense patriotique, qui vise à accompagner 100 militaires sur trois sites de production : les barrages de Bagré, de Samandéni et de Soum.
Le dispositif prévoit notamment la mise à disposition de deux cages flottantes, de 2 000 alevins et d’aliments pour poissons par bénéficiaire. En retour, les militaires s’engagent à poursuivre leurs activités piscicoles pendant au moins trois ans.
Sur le site de Soum, les chiffres témoignent de l’ampleur des opérations engagées. Au total, 122 cages flottantes ont été empoissonnées avec plus de 1,22 million d’alevins. Les opérations d’empoissonnement ont débuté le 13 janvier 2026, avant une nouvelle mise en production le 17 avril de la même année.
Au moment de la visite, quatre cages restaient à récolter, pour une production attendue d’environ 4,8 tonnes de poissons. Ces résultats illustrent le potentiel de la pisciculture en cages flottantes pour soutenir les revenus des militaires reconvertis et contribuer à l’approvisionnement du marché local en produits halieutiques.
Pour les producteurs, les premières performances enregistrées constituent un motif de satisfaction. Responsable du site, le capitaine à la retraite Mathurin Bationo souligne la progression observée dans la taille des poissons et attribue ces résultats au suivi régulier de l’élevage.
« Ce sont de gros poissons et c’est la première fois que nous obtenons des poissons de cette taille », a-t-il indiqué, estimant que ces performances témoignent du sérieux avec lequel les producteurs ont assuré l’alimentation et le suivi des poissons jusqu’à leur maturité.
Au-delà de la récolte, la commercialisation constitue un autre indicateur encourageant. Plusieurs acheteurs venus des localités environnantes se sont mobilisés pour acquérir les poissons, laissant entrevoir des débouchés commerciaux pour les bénéficiaires.
Cette dynamique pourrait contribuer à renforcer l’autonomie économique des militaires concernés, à condition que les cycles de production se poursuivent dans de bonnes conditions et que les marchés puissent absorber les volumes produits.
Malgré ces résultats, des contraintes persistent. Lors de sa visite, le Dr Rémy Palé a notamment insisté sur les difficultés liées à la production et à la qualité des alevins, des facteurs déterminants pour la rentabilité et la régularité de l’activité piscicole.
« Les producteurs ont accompli un travail gigantesque. Cependant, des défis restent à relever dans le sous-secteur, notamment en ce qui concerne la production et la qualité des alevins », a-t-il souligné.
La disponibilité d’alevins de qualité représente en effet un enjeu majeur pour assurer les futurs empoissonnements et maintenir les performances enregistrées. La consolidation de cette expérience dépendra également de la continuité de l’approvisionnement en aliments, de l’encadrement technique et du suivi des exploitations.
Le responsable du SP/CPSADD a assuré que son département entendait rechercher des solutions durables afin de consolider les acquis et de favoriser la pérennité de l’initiative.
De son côté, le chef du bureau chargé de la reconversion du personnel des Forces armées nationales, l’adjudant-chef major Roland Ky, a salué l’accompagnement apporté aux bénéficiaires. Il a réaffirmé leur volonté de poursuivre les activités piscicoles au cours des prochaines années, conformément aux engagements pris dans le cadre de la convention.
À travers cette expérience au barrage de Soum, la reconversion des militaires apparaît comme un levier potentiel de développement économique et de valorisation des ressources halieutiques nationales.
Pour les bénéficiaires, l’enjeu est de transformer les premiers résultats en une activité durable, capable de générer des revenus au-delà de leur carrière militaire. Pour les pouvoirs publics, il s’agit de démontrer qu’un accompagnement technique et matériel adapté peut faciliter l’insertion professionnelle des anciens militaires tout en stimulant la production locale.
L’expérience de Soum met ainsi en évidence plusieurs conditions essentielles à la réussite du dispositif : la qualité des intrants, la disponibilité des alevins, la formation des producteurs, le suivi technique et l’existence de débouchés commerciaux.
Si les résultats enregistrés constituent un signal encourageant, la pérennité de cette initiative dépendra désormais de la capacité des acteurs à lever les contraintes identifiées et à maintenir les bénéficiaires dans une dynamique de production sur le long terme.
Au Burkina Faso, la pisciculture pourrait ainsi devenir une voie supplémentaire de reconversion professionnelle, au croisement de l’autonomie économique des militaires en fin de carrière et du renforcement de la production halieutique nationale.
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