Congrès ordinaire du PASTEF : un rendez-vous historique sur fond de recomposition du pouvoir au Sénégal
Le premier congrès ordinaire du PASTEF organisé le 6 juin 2026 à Dakar, constitue bien plus qu’une simple réunion statutaire. Douze ans après la création du parti par Ousmane Sonko, ce congrès intervient à un moment charnière de l’histoire politique sénégalaise, alors que le mouvement qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir traverse sa plus importante zone de turbulence depuis son accession à la magistrature suprême.
Officiellement, les militants sont appelés à élire le président du parti et à définir les grandes orientations politiques des six prochaines années. Derrière ces objectifs statutaires se cachent toutefois des enjeux beaucoup plus importants : la clarification des rapports de force internes, la redéfinition des centres de pouvoir et la préparation de l’avenir politique du Sénégal.
Depuis la victoire de Bassirou Diomaye Faye à l’élection présidentielle de 2024, le tandem Sonko-Diomaye a souvent été présenté comme l’exemple d’une loyauté politique rare en Afrique. Empêché de se présenter à la présidentielle, Ousmane Sonko avait porté la candidature de son compagnon politique de longue date, permettant ainsi au PASTEF de conquérir le pouvoir.
Mais l’exercice du pouvoir a progressivement révélé une réalité institutionnelle complexe. Diomaye Faye est devenu président de la République, tandis que Sonko conservait la direction politique du parti et occupait le poste de Premier ministre. Cette configuration a créé un double centre de légitimité : l’un reposant sur la fonction présidentielle, l’autre sur le leadership historique du mouvement.
Au cours des derniers mois, les divergences se sont progressivement manifestées au grand jour. Les observateurs sénégalais ont relevé des différences d’approche sur plusieurs dossiers majeurs, notamment la gestion économique, les relations avec le Fonds monétaire international et la conduite des réformes institutionnelles. Ces tensions ont culminé avec le limogeage d’Ousmane Sonko de la primature par le président Diomaye Faye.
L’évolution récente de la situation politique est particulièrement révélatrice. Quelques jours après son départ du gouvernement, Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale grâce à la majorité parlementaire détenue par le PASTEF. Dans le même temps, il a annoncé que son parti ne participerait plus au nouveau gouvernement formé par le président Faye et le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo.
Le Sénégal se retrouve ainsi dans une configuration inédite : le même parti contrôle à la fois la présidence de l’Assemblée nationale, la majorité parlementaire et la présidence de la République, tout en affichant des divisions internes de plus en plus visibles. Certains analystes évoquent même une situation où le parti majoritaire exerce simultanément des responsabilités gouvernementales et des fonctions d’opposition.
Dans ce contexte, le congrès du PASTEF apparaît comme un moment de clarification. Une réélection d’Ousmane Sonko à la tête du parti renforcerait son contrôle sur l’appareil politique et consacrerait son statut de leader incontesté des militants. Elle lui donnerait également un levier stratégique considérable face au président Diomaye Faye, dont l’autorité institutionnelle repose sur la fonction présidentielle mais dont la base politique reste largement issue du mouvement créé par Sonko.
Au-delà des questions de personnes, le congrès devra également répondre à une interrogation fondamentale : le PASTEF est-il d’abord le parti de Sonko ou le parti du pouvoir sénégalais ? La réponse à cette question déterminera en grande partie l’évolution du paysage politique sénégalais dans les années à venir.
L’autre enjeu majeur concerne l’élection présidentielle de 2029. De nombreux observateurs estiment que les tensions actuelles trouvent en partie leur origine dans la perspective de cette échéance. Sonko demeure la figure la plus populaire du mouvement auprès d’une partie importante de la base militante, tandis que Diomaye Faye dispose désormais de la légitimité présidentielle et des attributs de l’État.
Pour les militants du PASTEF, le défi consiste désormais à préserver l’unité du mouvement qui a porté leurs dirigeants au pouvoir. Une rupture ouverte entre les deux hommes fragiliserait non seulement le parti, mais pourrait également ralentir les réformes promises aux Sénégalais.
Ainsi, le premier congrès ordinaire du PASTEF ne constitue pas seulement un événement partisan. Il représente un test majeur pour la stabilité du pouvoir sénégalais et pourrait dessiner les contours du rapport de force politique qui marquera le Sénégal jusqu’à la prochaine élection présidentielle.
Gildas Kinda
wwww.burkinaonline.net
