Tchad : vers la fin des exportations de bétail vivant à partir de 2028

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Le Tchad s’apprête à tourner une page importante de son commerce de bétail. À partir de 2028, le pays prévoit de mettre fin aux exportations de bétail vivant afin de privilégier la transformation locale et l’exportation de viande. Une réorientation stratégique destinée à accroître la valeur ajoutée de l’élevage et à créer davantage d’emplois au niveau national.

Le Tchad veut progressivement rompre avec un modèle qui consiste essentiellement à vendre son bétail sur pied aux pays voisins. À l’horizon 2028, les exportations d’animaux vivants doivent laisser place à un modèle davantage axé sur l’abattage, la transformation et l’exportation de viande.

Cette décision marque un tournant pour un secteur considéré comme l’un des principaux piliers de l’économie tchadienne. Avec un cheptel estimé à plus de 120 millions de têtes selon différentes sources, le pays dispose d’un potentiel considérable dans les filières bovine, ovine, caprine et cameline. L’élevage représente également une source essentielle de revenus et de subsistance pour une grande partie de la population rurale.

De l’exportation du bétail à celle de la viande

Pendant des décennies, le Tchad a principalement valorisé son cheptel en l’exportant vivant vers les marchés de la sous-région, notamment le Nigeria, le Cameroun et d’autres pays voisins. Ce commerce représente une importante source de revenus, mais il limite la capacité du pays à capter la valeur ajoutée générée par la transformation.

La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) estime ainsi que le Tchad, malgré son immense potentiel pastoral, exporte encore principalement des bovins sur pied, tandis que les pays importateurs bénéficient ensuite des activités liées à l’abattage, à la transformation et à la commercialisation de la viande.

Le changement annoncé pour 2028 vise donc à faire de la transformation locale un nouveau moteur de croissance. Plutôt que d’expédier un animal vivant, le Tchad entend l’abattre sur son territoire, transformer sa viande et exporter un produit à plus forte valeur ajoutée.

La fin programmée des exportations de bétail vivant ne signifie pas la fin du commerce de l’élevage. Elle traduit plutôt la volonté de modifier profondément la manière dont le pays exploite son cheptel.

Des investissements sont nécessaires dans les abattoirs modernes, les unités de découpe et de conditionnement, les chambres froides ainsi que dans les infrastructures de transport et la chaîne du froid. La Banque africaine de développement souligne déjà l’importance de cette transformation dans la stratégie de développement de la filière viande et lait au Tchad.

Cette politique pourrait avoir des effets bien au-delà du seul secteur de la viande. Elle devrait favoriser le développement des industries du cuir, des sous-produits animaux, de l’alimentation animale, de la logistique et de la distribution. La CEA considère d’ailleurs cette transformation comme une opportunité d’industrialisation plus large pour le pays.

L’enjeu est également financier. Selon les données citées par l’Agence tchadienne de presse et d’autres sources, les exportations de bétail ont généré environ 220 milliards de francs CFA en 2024, contre 136,4 milliards en 2020. Le bétail constitue ainsi l’une des principales sources d’exportations non pétrolières du pays.

Pour les autorités, l’objectif est donc de ne pas perdre ces recettes avec l’abandon du bétail vivant, mais au contraire de les augmenter grâce à la transformation. Un bovin exporté vivant ne représente en effet qu’une partie de la valeur économique potentielle de l’animal. Une fois abattu et transformé localement, il peut générer des revenus supplémentaires à travers la viande, le cuir, les abats et d’autres sous-produits, tout en créant des emplois dans les différentes étapes de la chaîne.

La réussite de cette transition dépendra toutefois de la capacité du pays à mettre en place les infrastructures nécessaires avant 2028. Le Tchad dispose d’un cheptel considérable, mais les capacités industrielles de transformation restent encore insuffisantes. En 2026, le pays continue d’ailleurs d’exporter une grande partie de son bétail sur pied vers les marchés voisins.

 

La construction et la modernisation des abattoirs, l’amélioration du transport frigorifique et la mise en place de normes sanitaires compatibles avec les marchés internationaux seront donc déterminantes.

 

L’accès aux marchés constitue un autre enjeu majeur. Le Nigeria, premier acheteur du bétail tchadien, représente notamment un débouché potentiel important pour la viande transformée, tandis que l’Égypte, le Gabon, le Congo et certains pays du Golfe ont également manifesté un intérêt pour les produits carnés tchadiens.

À partir de 2028, le pari sera clair : faire en sorte que le bétail tchadien ne soit plus seulement vendu, mais qu’il soit davantage transformé, valorisé et commercialisé depuis le Tchad.

 

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