Togo-Bénin : 2 000 FCFA pour franchir la frontière, sans reçu

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Après quelques jours passés à Lomé, notre reporter met cette fois le cap sur Cotonou, au Bénin. Pour ce déplacement, il choisit le taxi collectif, un moyen de transport couramment utilisé entre les deux capitales.

Un trajet qui, sur un peu plus de trois heures, va réserver quelques scènes inattendues, notamment au passage de la frontière entre le Togo et le Bénin.

Une place trouvée, puis un dernier passager

Le départ se fait depuis une station de taxis située à  proximité d’une cimenterie.

À son arrivée, notre reporter monte dans un véhicule qui compte déjà deux passagers. Il est le troisième. Il faudra attendre encore quelques minutes avant de trouver le quatrième voyageur.

Une fois le taxi rempli, le départ peut enfin avoir lieu.

Avant de quitter la gare, le chauffeur remet 1 000 FCFA à un homme qui vient d’aider notre reporter avec ses bagages et de l’accompagner jusqu’au véhicule.

Le reporter  comprend que celui-ci est un intermédiaire, communément appelé « coxer».

8 000 FCFA pour rejoindre Cotonou

Le trajet Lomé-Cotonou coûte 6 000 FCFA. À cette somme s’ajoutent 2 000 FCFA pour les formalités au niveau de la frontière, soit 1 000 FCFA du côté togolais et 1 000 FCFA du côté béninois.

Le montant total demandé au voyageur est donc de 8 000 FCFA.

Il est toutefois possible de ne payer que les 6 000 FCFA du transport et de s’occuper soi-même des démarches auprès des services de police des deux pays.

Une déception amoureuse

Une fois sur la route, le chauffeur se montre plutôt discret.

D’un arrêt à l’autre, il profite des pauses pour acheter du maïs qu’il mange tranquillement avant de reprendre le volant.

Mais dans le taxi, une autre scène attire davantage l’attention de notre reporter.

L’un des passagers semble préoccupé par une histoire sentimentale. Pendant une bonne partie du trajet, il échange de longues conversations sur WhatsApp avec une jeune femme.

La langue utilisée par les deux interlocuteurs n’est pas comprise par notre reporter. Celui-ci observe néanmoins les échanges et tente d’en saisir le sens.

À plusieurs reprises, le chauffeur intervient par des gestes, comme pour aider le passager à poursuivre la conversation.

Lorsque celui-ci raccroche, le conducteur lui parle dans une langue locale, apparemment pour lui donner quelques conseils sur la manière de gérer la situation.

Une première étape à la frontière togolaise

Un peu plus d’une heure après le départ, le taxi arrive à la frontière.

Jusque-là, une question intrigue notre reporter : le chauffeur n’a toujours pas demandé aux passagers de payer le prix du transport.

Il se demande même si cette manière de faire est habituelle avec les autres voyageurs.

Au poste togolais, le chauffeur descend du véhicule. Il revient quelques secondes plus tard et le taxi avance.

Un agent de police s’approche alors du véhicule.

Le chauffeur lui remet 5 000 FCFA. L’agent lui rend 1 000 FCFA.

Notre reporter comprend qu’une somme de 4 000 FCFA ( 1000 F par passager) vient ainsi d’être versée, aucun reçu n’est remis.

Les passagers, eux, ne descendent pas du véhicule.

Aucune vérification individuelle des identités n’est effectuée à ce moment-là.

Côté béninois, un contrôle plus discret

Le taxi poursuit ensuite sa route vers le côté béninois de la frontière.

Là encore, les passagers restent à bord.

Le chauffeur descend et entre dans un bâtiment. Quelques minutes plus tard, un agent  vient jusqu’au véhicule et demande les documents.

Notre reporter présente ses pièces.

Le contrôle ne dure que quelques secondes. L’agent repart ensuite sans demander les documents des autres passagers.

Une situation qui surprend notre reporter.

Pourquoi lui et pas les autres ?

La question reste sans véritable réponse.

Lorsque le chauffeur revient, notre reporter l’interroge.

Le conducteur se contente de sourire légèrement, sans donner d’explication.

2 000 FCFA pour faciliter le passage

Au fil du trajet, notre reporter comprend mieux le fonctionnement évoqué au départ.

Les 2 000 FCFA annoncés pour les « formalités » correspondent, selon les explications données par l’intermédiaire, à 1 000 FCFA du côté togolais et 1 000 FCFA du côté béninois.

Pour le voyageur qui accepte de payer, le passage semble ainsi particulièrement fluide.

Pour celui qui refuse, il est toujours possible de s’occuper lui-même des démarches auprès des services concernés.

Une frontière plutôt fluide

Le contraste avec d’autres expériences de passage aux frontières de la sous-région est frappant.

Sur cet axe Lomé-Cotonou, le franchissement paraît relativement rapide pour les passagers de ce taxi.

Dans l’expérience vécue par notre reporter, la fluidité du passage semble toutefois reposer aussi sur des pratiques informelles auxquelles les voyageurs et les chauffeurs paraissent s’être habitués.

Trois heures et demie pour rejoindre Cotonou

Après le passage de la frontière, le taxi reprend sa route.

Les kilomètres défilent et Cotonou se rapproche progressivement.

Au total, il faudra environ trois heures et demie pour effectuer le trajet depuis Lomé.

Un voyage relativement rapide, mais qui laisse derrière lui plusieurs interrogations.

Que représentent exactement les sommes versées au passage de la frontière ?

Pourquoi aucun reçu n’est-il délivré ?

Et surtout, comment ces pratiques se sont-elles installées dans le quotidien des voyageurs et des transporteurs ?

Notre reporter ne prétend pas, à partir de ce seul trajet, tirer des conclusions générales sur le fonctionnement de la frontière Togo-Bénin.

Il rapporte une expérience vécue, des scènes observées et les explications qui lui ont été données.

Mais une question demeure : lorsque le passage d’une frontière s’accompagne de «paiements», peut-on réellement parler de libre circulation sans s’interroger sur ce qui se passe concrètement sur le terrain ?

Gildas Kinda

www.burkinaonline.net

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