À l’ONU, le Burkina Faso porte la voix de l’AES et réclame un nouvel ordre international
Le Burkina Faso a porté, lundi 28 septembre, la voix de la Confédération des États du Sahel (AES) à la tribune de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies. Dans une déclaration prononcée au nom du Burkina Faso, du Mali et du Niger, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, a défendu la souveraineté des trois États, dénoncé les « doubles standards » du système multilatéral et appelé à une réforme profonde de la gouvernance mondiale.
Prenant la parole au nom du capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso et président de la Confédération des États du Sahel, du général d’armée Assimi Goïta, président de la Transition du Mali, et du général d’armée Abdourahamane Tiani, président du Niger, le chef de la diplomatie burkinabè a placé son intervention sous le signe de la souveraineté, de la lutte contre le terrorisme et de la transformation du système international.
Dès l’entame de son intervention, Karamoko Jean Marie Traoré a rendu hommage aux victimes du terrorisme au Burkina Faso, au Mali et au Niger. « C’est avec le cœur habité par la mémoire de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes », a-t-il déclaré, évoquant les populations civiles touchées par plus d’une décennie de violences dans le Sahel.
Le ministre a également salué le sacrifice des forces de défense et de sécurité des trois pays, des Volontaires pour la défense de la patrie ainsi que des autres forces engagées dans la lutte contre les groupes armés. Il a particulièrement rendu hommage au général d’armée Sadio Camara, dont il a rappelé l’assassinat le 25 avril 2026 au Mali.
Pour le chef de la diplomatie burkinabè, ces sacrifices constituent, selon les termes de la déclaration, une source de détermination pour les trois États dans leur volonté de reprendre le contrôle de leurs territoires et de préserver leur souveraineté.
L’AES revendique une trajectoire commune
Dans son intervention, Karamoko Jean Marie Traoré a présenté la dynamique de l’AES comme le résultat d’une volonté commune du Burkina Faso, du Mali et du Niger de renforcer leur coopération. Il a rappelé deux étapes majeures de cette construction : l’adoption de la Charte du Liptako-Gourma le 16 septembre 2023, puis la création de la Confédération des États du Sahel le 6 juillet 2024.
La déclaration met en avant la devise « Un peuple, un espace, un destin », présentée comme un principe directeur de la coopération entre les trois pays. Cette intégration, selon le ministre, se traduit notamment par l’opérationnalisation d’une force unifiée de la Confédération, la création de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement, ainsi que par le renforcement de la coopération diplomatique et institutionnelle entre les trois États.
Terrorisme : l’AES accuse des soutiens extérieurs
Une large partie du discours a été consacrée à la question sécuritaire. Le Burkina Faso, s’exprimant au nom de l’AES, a affirmé que les trois pays ne seraient pas confrontés uniquement à des groupes terroristes isolés, mais à une entreprise de déstabilisation bénéficiant, selon la déclaration, de soutiens extérieurs. Le ministre a cité plusieurs attaques enregistrées en 2026 au Mali et au Niger, notamment celles des 25 avril et 4 juillet au Mali, ainsi que celles des 18 juin et 29-30 août au Niger.
Sans nommer dans son intervention les États qu’il accuse, Karamoko Jean Marie Traoré a demandé à la communauté internationale d’enquêter sur les éventuels soutiens au financement, à l’armement, au renseignement ou à la protection de groupes terroristes. « Nous demandons à la communauté internationale de regarder les faits en face », a-t-il déclaré, appelant à une condamnation de tous les acteurs qui soutiendraient les groupes armés.
La déclaration a également abordé la question des droits humains, sujet régulièrement au centre des débats concernant les pays du Sahel. Le Burkina Faso, au nom de l’AES, a affirmé son attachement à la protection des droits fondamentaux, tout en défendant les mesures exceptionnelles prises par les États dans le contexte de la lutte contre le terrorisme.
Le ministre a estimé que certaines mesures sécuritaires faisaient l’objet d’analyses « partielles et sélectives », sans suffisamment tenir compte des réalités du terrain. La Confédération dit accepter « l’examen impartial et objectif » de sa situation, mais rejette ce qu’elle considère comme une instrumentalisation politique des mécanismes internationaux de défense des droits humains.
Dans cette même logique, la déclaration rappelle la décision des trois États de se retirer de la Cour pénale internationale et leur notification de retrait du Statut de Rome. L’AES affirme toutefois rester attachée à une justice internationale qu’elle souhaite « indépendante, impartiale et crédible ».
Critiques contre le système multilatéral
Le thème de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, « Reconstruire la confiance, gérer la transformation : une Organisation pour tous », a également été au cœur de l’intervention. Pour l’AES, ce thème traduit une crise de confiance au sein du système multilatéral, alimentée notamment par les « doubles standards », l’instrumentalisation des institutions internationales et les rapports de puissance.
La Confédération estime que l’ONU doit redevenir une organisation fondée sur l’égalité souveraine des États et non un espace où les décisions seraient davantage influencées par les intérêts des puissances. L’AES réclame notamment une réforme du Conseil de sécurité des Nations unies et réaffirme son soutien au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte, deux références africaines dans le débat sur la réforme du système international.
Sur la réforme de l’ONU, la déclaration soutient également l’initiative UN80, tout en appelant à ce que les changements envisagés ne conduisent pas à une réduction de la présence des Nations unies dans les pays. Pour l’AES, la réforme doit porter sur la répartition des voix, des responsabilités et des pouvoirs au sein de l’organisation.
Le ministre a également plaidé pour une transformation de l’architecture financière internationale, avec une représentation accrue des pays en développement dans les institutions financières internationales, un traitement de la dette jugé plus équitable et un meilleur accès aux financements du développement.
La Confédération demande par ailleurs la levée des mesures coercitives unilatérales qu’elle considère contraires au droit international, citant notamment l’embargo visant Cuba.
Autre volet du discours : la question de la mémoire historique et des relations entre l’Afrique et le reste du monde. La délégation de l’AES a salué l’adoption, le 25 mars 2026, d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies reconnaissant, selon les termes de la déclaration, la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage et le système d’asservissement racial comme « le crime le plus grave contre l’humanité ».
Le Burkina Faso a également salué l’adoption, le 4 septembre 2026, de la résolution A/80/L.104, présentée dans la déclaration comme une initiative visant à réévaluer la représentation de l’Afrique et de ses dimensions géographiques. Le ministre a félicité respectivement le Ghana et le Togo pour leur implication dans ces deux dossiers.
Sur les questions de développement, la déclaration pointe plusieurs défis : vulnérabilités climatiques, crises humanitaires, fracture numérique et risques liés à l’utilisation des technologies de l’information et de l’intelligence artificielle à des fins de manipulation et de déstabilisation.
L’AES estime que la communauté internationale reste éloignée des Objectifs de développement durable à quatre ans de l’échéance de 2030. Face à cette situation, les trois pays appellent à davantage d’investissements dans le capital humain, l’éducation, la santé, l’industrialisation, la résilience climatique ainsi qu’à une participation accrue des jeunes et des femmes aux processus décisionnels. La déclaration insiste toutefois sur la mobilisation des ressources internes comme levier essentiel du développement.
Après avoir présenté la position commune de l’AES, Karamoko Jean Marie Traoré a consacré la dernière partie de son intervention à la situation nationale.
Le ministre a affirmé que le Burkina Faso poursuivait une « transformation profonde » portée par la Révolution progressiste populaire, alors que le pays s’apprête à en commémorer le quatrième anniversaire.
Sur le plan économique, il a évoqué les efforts engagés pour renforcer les capacités productives nationales, valoriser les ressources locales et développer la transformation des matières premières.
L’agriculture et l’industrie ont été citées parmi les secteurs prioritaires, avec des initiatives présidentielles destinées, selon la déclaration, à stimuler la production nationale, créer des emplois et accroître la participation des populations à l’activité économique.
Le ministre a notamment évoqué les six grandes initiatives présidentielles ainsi que le Plan RELANCE 2026-2030, présenté comme un cadre devant accompagner les transformations économiques et infrastructurelles du pays.
En conclusion de la partie consacrée à l’AES, Karamoko Jean Marie Traoré a réaffirmé la volonté des trois États de poursuivre leur coopération internationale tout en maintenant leur ligne souverainiste. « Notre coopération ne sera jamais synonyme de soumission, et notre ouverture ne signifiera jamais l’abandon de nos intérêts vitaux », a-t-il déclaré.
Le ministre a également affirmé que les pays de l’AES entendaient continuer à participer au système multilatéral tout en défendant leurs propres intérêts. « Nous ne demandons à personne la permission d’exister. Nous ne sollicitons de personne un certificat de souveraineté », a-t-il conclu sur ce point, avant d’aborder les considérations spécifiques à la situation du Burkina Faso.
La déclaration prononcée à New York aura ainsi placé au centre du discours burkinabè la souveraineté des États, la coopération entre les pays de l’AES, la lutte contre le terrorisme, la réforme de la gouvernance mondiale et la recherche d’un modèle de développement davantage fondé sur les ressources et les capacités nationales.
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