Mali : Comprendre la crise sécuritaire qui sévit le pays

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Derrière la violence persistante au nord du Mali se cache une histoire longue, faite de rébellions successives, de recompositions politiques et de glissements idéologiques. Un extrait d’entretien avec Mahamadou Diouhara, sociologue et président des Jeunes pour la Paix et la Nation Africaine, permet de retracer les trajectoires des principaux acteurs armés et de mieux comprendre la genèse de la crise actuelle.

Pour comprendre le conflit, il faut d’abord distinguer deux composantes centrales parmi les acteurs armés dits officiels dixit Mahamoudou Diouhara.

La première est jihadiste, structurée autour de réseaux affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique. La seconde quant à elle, relève des mouvements politico-militaires rebelles, issus principalement des rébellions touarègues, régulièrement reconfigurées sous différentes appellations au fil des décennies.

Ces deux dynamiques, longtemps distinctes, finiront par s’entrecroiser jusqu’à produire le paysage sécuritaire actuel.

Dans ladite vidéo, Diouhara raconte que la première rébellion armée éclate au nord du Mali entre 1962 et 1963, à peine deux à trois ans après l’accession du pays à l’indépendance. La réponse de l’État ne se fit pas attendre. Elle est alors essentiellement militaire, complétée par quelques tentatives de médiation, notamment par l’intermédiaire de l’Algérie pour l’extradition de certains chefs rebelles. Cette phase débouche sur une relative stabilité qui perdure jusqu’à la fin des années 1980.

En juin 1990, une nouvelle rébellion se déclenche avec l’attaque de la gendarmerie de Ménaka. Cette insurrection est le produit de profonds changements régionaux, marqués notamment par les grandes sécheresses de 1974 et 1984.

Selon Mahamadou Diouhara, c’est à cette période que de nombreux jeunes Touaregs du Mali et du Niger sont récupérés par le régime libyen de Muammar Kadhafi, formés militairement puis engagés dans divers conflits extérieurs. Leur retour, armé et structuré, alimente la reprise des rébellions dans la bande saharo-sahélienne.

Accords de paix et éclatement des mouvements

Face à l’insurrection, le régime du général Moussa Traoré privilégie d’abord une réponse militaire, avant d’accepter des négociations. Celles-ci aboutissent à l’Accord de Tamanrasset en janvier 1991.

Mais le renversement du pouvoir en mars de la même année fragilise ce processus. La rébellion se fragmente alors en plusieurs mouvements distincts, souvent structurés autour de bases tribales ou ethniques, ouvrant la voie à une ethnicisation progressive du conflit.

La signature du Pacte national en 1992, sous la transition conduite par Amadou Toumani Touré, permet toutefois une période d’accalmie et de relative stabilité.

Cette stabilité sera remise en cause en mai 2006, avec une nouvelle vague de désertions militaires et la reprise des attaques armées au nord du pays. Ces événements marquent le retour durable de l’insurrection touarègue et préparent le terrain à la crise majeure de 2012, dans un contexte régional profondément bouleversé par la chute du régime libyen.

De la rébellion au jihadisme armé

L’un des tournants majeurs intervient lorsque des leaders issus de la rébellion touarègue, en quête de leadership et marginalisés dans les processus de négociation, se rapprochent des réseaux jihadistes.

Cette dynamique conduit à la scission entre mouvements rebelles et à l’émergence de groupes jihadistes structurés, donnant naissance à l’architecture terroriste aujourd’hui active au Mali.

Pour Mahamadou Diouhara, le jihadisme malien ne peut donc être compris sans cette généalogie. Il est le prolongement, puis la radicalisation, de rébellions politico-identitaires anciennes.

Plus de soixante ans après la première rébellion, le nord du Mali reste confronté aux conséquences de cycles répétés de conflits non résolus.

Fabrice Sandwidi

www.burkinaonline.net

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