Bénin : Romuald Wadagni officiellement investi président, l’ère du technocrate réformateur s’ouvre

0

Ce dimanche 24 mai 2026, le Bénin a franchi une étape majeure de son histoire démocratique. Réuni au Palais des Congrès de Cotonou, le pays a officiellement installé Romuald Wadagni à la tête de l’État. À 49 ans, l’ancien ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances succède à Patrice Talon pour un mandat de sept ans, ouvrant une nouvelle séquence politique placée sous le signe des réformes économiques, de la jeunesse et de la cohésion sociale.

C’est devant un parterre de chefs d’État, de représentants du corps diplomatique, de délégations étrangères et des plus hautes institutions de la République que le cérémonial républicain s’est déroulé. Exceptionnellement organisée au Palais des Congrès de Cotonou en raison des travaux de réhabilitation du stade Charles-de-Gaulle de Porto-Novo, la cérémonie a consacré une transition politique sobre et sans tension.

Le serment présidentiel

Conformément aux dispositions de la Constitution béninoise, Romuald Wadagni a prêté serment devant la Cour constitutionnelle et les représentants de l’Assemblée nationale.

« Je servirai le Bénin avec intégrité, courage et constance », a déclaré le nouveau chef de l’État lors de son investiture.

À l’issue du serment, il a été officiellement installé dans ses fonctions de président de la République et de chef suprême des armées. La vice-présidente Mariam Chabi Talata a également été reconduite dans ses fonctions.

Quelques instants auparavant, au Palais de la Marina, Patrice Talon et son successeur avaient eu un dernier entretien symbolique marquant la transmission officielle du pouvoir après dix années de gouvernance.

La priorité sociale au cœur du mandat

Dans son premier discours à la Nation, Romuald Wadagni a fixé le cap de son septennat : transformer la croissance économique en amélioration concrète des conditions de vie des Béninois.

« Notre économie a progressé, c’est une réalité. Mais nous savons tous qu’une croissance nationale n’a de sens que lorsqu’elle devient visible dans la vie ordinaire des populations », a déclaré le nouveau président devant les invités officiels et les délégations étrangères.

Le chef de l’État a structuré son message autour de plusieurs catégories sociales qu’il considère comme prioritaires.

Aux jeunes, il a promis davantage d’opportunités économiques locales et un meilleur accès à l’emploi. Aux femmes, il a annoncé le renforcement de l’accès au financement, à la propriété, à la protection sociale ainsi qu’aux responsabilités publiques et économiques.

Le monde rural a occupé une place centrale dans son allocution. Romuald Wadagni a promis aux agriculteurs un meilleur accès à la mécanisation, aux semences adaptées, aux financements et aux équipements de transformation.

« Nous construirons une protection sociale agricole, parce qu’une nation qui respecte celle et ceux qui la nourrissent est une nation qui se respecte elle-même », a-t-il affirmé.

Le président béninois a également adressé un message à la diaspora africaine et afrodescendante, évoquant explicitement les descendants de la traite négrière.

« Le pays que nous bâtissons est aussi le vôtre », a-t-il déclaré avant d’ajouter :
« Le Bénin sera toujours la maison du retour, notre porte demeure ouverte et notre mémoire fidèle. »

Une continuité assumée avec l’ère Talon

Romuald Wadagni a rendu un hommage appuyé à son prédécesseur Patrice Talon, saluant « le courage des décisions difficiles, la constance des bâtisseurs et la capacité rare à penser le Bénin dans le temps long ».

Le nouveau président s’est également inscrit dans la continuité institutionnelle du renouveau démocratique béninois entamé en 1990, citant Nicéphore Soglo, Mathieu Kérékou et Boni Yayi comme les maillons d’une tradition démocratique qu’il entend préserver.

Cette posture confirme la volonté du nouveau pouvoir de rassurer sur la stabilité politique et la continuité des réformes engagées depuis une décennie.

Un ton ferme sur la sécurité régionale

Sur le dossier sécuritaire, le nouveau chef de l’État a adopté un ton particulièrement ferme face à la menace terroriste qui touche le nord du Bénin depuis plusieurs années.

« Le Bénin ne cèdera ni à la peur ni au relâchement. L’État sera ferme face à tout ce qui menace notre cohésion et notre sécurité », a-t-il déclaré.

Romuald Wadagni a annoncé la poursuite des investissements dans les forces de défense et de sécurité tout en soulignant que la réponse au terrorisme ne pouvait être uniquement militaire. Il a insisté sur la nécessité d’un développement économique local, du renforcement des services publics et d’une présence plus forte de l’État dans les zones vulnérables.

Face aux dirigeants de la sous-région présents à la cérémonie, il a également plaidé pour une coopération régionale renforcée.

« Dans une sous-région confrontée aux périls terroristes, nous sommes condamnés à travailler ensemble », a-t-il affirmé.

Sans citer explicitement le Mali, le Burkina Faso et le Niger, cette déclaration apparaît comme une ouverture diplomatique dans un contexte régional marqué par des tensions entre le Bénin et certains pays de l’Alliance des États du Sahel.

Un président attendu sur les résultats

L’accession de Romuald Wadagni à la magistrature suprême apparaît comme l’aboutissement d’un parcours marqué par les finances publiques et les réformes économiques. Ancien cadre du cabinet Deloitte et artisan des réformes économiques béninoises depuis 2016, il bénéficie d’une image de technocrate rigoureux.

Lors de l’élection présidentielle du 12 avril 2026, il avait remporté le scrutin dès le premier tour avec 94,07 % des suffrages exprimés, selon les résultats validés par la Cour constitutionnelle.

Le nouveau président hérite toutefois d’importants défis. Malgré une croissance économique évaluée à 6,4 % en 2025 par la Banque mondiale, le Bénin reste confronté à des pressions sécuritaires persistantes dans le nord du pays ainsi qu’à des contraintes budgétaires liées aux importants investissements publics réalisés ces dernières années.

Le discours d’investiture de Romuald Wadagni s’est voulu volontairement sobre, sans grandes annonces chiffrées ni calendrier détaillé, à l’exception du projet de protection sociale agricole présenté comme l’un des marqueurs majeurs du mandat.

« Que le Bénin demeure libre. Que le Bénin se tienne debout, toujours plus haut », a conclu le nouveau président sous les applaudissements de l’assistance.

Une nouvelle page politique s’ouvre désormais pour le Bénin.

www.burkinaonline.net

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *