Togo : La dot est à caractère symbolique, pas plus de 10.000 FCFA
Entre traditions familiales, listes parfois interminables et négociations dignes de certains sommets diplomatiques, la question de la dot reste sensible au Togo. Pourtant, la loi a tranché depuis longtemps. La dot doit rester symbolique et son montant ne peut dépasser 10 000 FCFA. Une disposition bien réelle, mais manifestement moins célèbre que les cérémonies qu’elle entend encadrer.
Il y a des informations qui font lever un sourcil. Et puis il y a celles qui font immédiatement regarder autour de soi, comme pour vérifier que personne n’a entendu la nouvelle avant nous. Au Togo, la loi a fixé fort longtemps le montant maximal de la dot à 10 000 FCFA.
Cette disposition figure dans l’article 56 de la loi n°2012-014 du 6 juillet 2012 portant Code des personnes et de la famille. Le texte est même d’une remarquable clarté : la dot « a le caractère de symbole », peut être versée en nature, en espèces ou sous les deux formes, mais son montant ne peut excéder la somme de dix mille francs CFA. Autrement dit, dans l’esprit du législateur, le mariage n’a jamais été conçu comme une vente aux enchères.
Le sujet mérite pourtant quelques précisions, tant la pratique sociale et le texte juridique semblent parfois évoluer dans deux univers qui se croisent sans toujours se saluer.
Dans de nombreuses familles, la préparation d’un mariage donne lieu à des discussions longues, sérieuses et parfois particulièrement créatives. Une liste apparaît. Puis une deuxième. On ajoute quelques présents « symboliques ». Un autre proche rappelle une coutume familiale. Et, avant même que les futurs mariés aient choisi la couleur des rideaux, le futur époux commence déjà à consulter son compte bancaire avec une attention toute particulière.
Mais juridiquement, la dot est autre chose. Le Code des personnes et de la famille togolais lui attribue explicitement un caractère symbolique. Le mot n’est pas anodin. Il traduit une volonté claire : préserver la dimension culturelle et familiale de la dot tout en évitant qu’elle ne devienne une condition financièrement écrasante à l’accès au mariage.
La loi ne dit donc pas que les familles ne peuvent pas célébrer, offrir des cadeaux ou organiser de grandes cérémonies. Elle établit plutôt une distinction fondamentale entre la dot au sens juridique et l’ensemble des dépenses qui peuvent entourer un mariage.
Et cette nuance a son importance. Car entre la dot, les présents, les cérémonies, les repas et les multiples attentions familiales, le portefeuille peut parfois connaître une interprétation beaucoup plus large que celle du législateur.
Une autre question méritait d’être éclaircie : cette disposition de 2012 est-elle toujours valable après les modifications apportées au Code des personnes et de la famille ? La réponse est oui.
La loi n°2022-017 du 15 novembre 2022 a effectivement modifié certaines dispositions du Code. Mais l’article 56, celui qui traite de la dot, n’a pas été concerné par cette réforme. Le plafond de 10 000 FCFA demeure donc inscrit dans le texte légal.
Une précision importante à l’heure où cette disposition refait surface sur les réseaux sociaux et suscite autant de surprise que de débats. Car si beaucoup découvrent aujourd’hui l’existence de cette règle, elle n’est pourtant pas née avec Facebook, TikTok ou une publication devenue virale un dimanche après-midi. Elle est bel et bien inscrite dans la loi.
Quand le droit rencontre la tradition
Il reste une réalité que personne ne peut ignorer. Entre ce que prévoit le Code et ce qui se pratique dans certaines familles, il existe parfois une distance respectable. Le droit fixe une règle générale. Les traditions, elles, ont leur histoire, leurs symboles et leurs exigences propres. Et c’est précisément là que le débat devient intéressant.
Faut-il considérer la dot uniquement sous l’angle juridique ? Comment concilier les pratiques coutumières avec la volonté du législateur de lui conserver un caractère symbolique ? Et surtout, à partir de quel moment un geste traditionnel devient-il une charge financière susceptible de décourager ceux qui souhaitent simplement se marier ?
Ces questions dépassent largement le montant de 10 000 FCFA. Elles interrogent notre rapport au mariage lui-même. Car une société peut préserver ses traditions sans nécessairement les transformer en épreuves financières. La beauté d’une coutume ne réside pas toujours dans le poids de ce qu’elle exige, mais souvent dans la force de ce qu’elle signifie.
La règle fixée par l’article 56 a au moins le mérite de poser un principe clair : la dot est un symbole, pas un prix. Cette précision mérite d’être davantage connue, notamment par les jeunes générations et les familles. Non pas pour opposer brutalement la loi aux traditions, mais pour alimenter une réflexion sur le sens même des pratiques matrimoniales.
Après tout, lorsqu’un homme et une femme décident de construire une vie commune, la question essentielle devrait peut-être être leur capacité à bâtir un foyer solide plutôt que leur aptitude à survivre financièrement à la cérémonie qui précède. Et sur ce point, le législateur togolais semble avoir voulu envoyer un message particulièrement simple : l’amour peut être précieux sans être hors de prix.
Fabrice Sandwidi
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