Frontière Burkina -Togo : 1 000 FCFA par passager, où va l’argent ?

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De Ouagadougou à Lomé, le trajet par la route est loin d’être anodin. Forte demande de places, départ aux premières heures du jour, contrôles successifs et, à la frontière togolaise, une somme de 1 000 FCFA demandée à chaque passager. Le reporter de Burkina Online raconte un voyage qui soulève aussi des interrogations sur les pratiques observées au niveau de la frontière.

Cinq jours à l’avance, déjà difficile de trouver une place

Le voyage commence à Ouagadougou, dans une compagnie de transport.

Pour rejoindre Lomé, mieux vaut s’y prendre à l’avance. Cinq jours avant la date prévue du départ, les places sont déjà largement prises. Il faut donc réserver suffisamment tôt pour espérer embarquer.

Un détail qui en dit long sur la fréquentation de cet axe routier reliant le Burkina Faso au Togo.

4 heures du matin : le départ

Le jour du voyage, il faut se lever tôt.

À 4 heures du matin, le bus quitte Ouagadougou en direction de Lomé. Les kilomètres défilent. La route se poursuit sous la pluie et, par moments, quelques freinages brusques viennent rappeler les conditions parfois difficiles du trajet.

Après plusieurs heures de route, l’approche de la frontière se précise.

Et avec elle, une succession de contrôles.

Les vérifications commencent avant le poste frontalier

Avant même d’arriver au véritable poste-frontière, les voyageurs sont soumis à plusieurs vérifications.

Contrôle d’identité, présentation des pièces, vérification des documents : les passagers doivent régulièrement se munir de leurs papiers.

Puis vient le poste frontalier proprement dit.

Un même bâtiment pour les services des deux pays

À la frontière, les services burkinabè et togolais sont installés dans un même bâtiment.

Les voyageurs passent d’abord par le côté burkinabè. Les pièces d’identité sont contrôlées par un agent avec courtoisie et un léger sourire.

Une fois cette étape franchie, les passagers poursuivent leur chemin en file indienne vers le côté togolais.

La première étape

consiste à vérifier les documents sanitaires, notamment le carnet de vaccination et sa régularité.

La seconde étape se déroule devant un guichet, le convoyeur y est déjà présent.

Les voyageurs avancent successivement. À l’intérieur du guichet, des agents togolais en uniforme procèdent à la vérification des documents.

Chacun passe individuellement.

Mais cette fois, au contrôle s’ajoute une demande de paiement.

1 000 FCFA par passager

Chaque voyageur doit payer 1 000 FCFA.

Pour notre reporter, la question vient immédiatement dans sa tête  : que représente exactement cette somme ? S’agit-il d’une taxe, de frais administratifs ou d’autre chose ?

Sur place, aucune explication précise ne lui est donnée et aucun reçu ne lui est remis.

Comme les autres passagers, il s’acquitte néanmoins de la somme demandée.

Il remet un billet de 5 000 FCFA et reçoit 4 000 FCFA de monnaie.

Puis il quitte le guichet.

Après leur passage individuel, les voyageurs retournent s’asseoir dans le bus.

Leurs pièces d’identité restent au niveau du guichet.

La scène se répète jusqu’au passage du dernier passager.

Une fois l’ensemble des voyageurs contrôlé, le convoyeur récupère toutes les pièces d’identité auprès des agents togolais et revient dans le bus avec les documents.

Le trajet peut alors reprendre en direction de Lomé.

« C’est comme ça »

Une fois installé dans le bus, notre reporter interroge le convoyeur sur cette pratique.

Pourquoi 1 000 FCFA ?  Et pourquoi aucun reçu n’est-il délivré ?

La réponse est lapidaire :

« C’est comme ça. »

Le convoyeur affirme également que le paiement existerait dans l’autre sens.

Selon ses explications, lorsqu’un voyageur quitte le Togo pour rejoindre le Burkina Faso, il doit payer également avant de poursuivre son trajet.

Une affirmation qui, à ce stade, reste celle du convoyeur.

La libre circulation confrontée aux réalités du terrain

Cette situation renvoie à une problématique plus large : celle de la libre circulation des personnes en Afrique de l’Ouest.

Dans les textes et les discours sur l’intégration régionale, la circulation des personnes et des biens constitue un enjeu majeur. Sur le terrain, l’expérience du voyageur peut cependant être différente : contrôles successifs, formalités multiples et paiements dont la nature n’est pas toujours clairement expliquée.

Le Burkina Faso n’est désormais plus membre de la CEDEAO, après son retrait avec le Mali et le Niger. Mais cette situation ne suffit pas, à elle seule, à expliquer ce qui a été observé lors de ce passage frontalier.

Il peut aussi s’agir de pratiques administratives ou d’habitudes installées de longue date, auxquelles les voyageurs finissent par s’adapter.

Derrière la frontière, des milliers de voyageurs

L’importance de cet axe ne fait pourtant guère de doute.

La forte demande de billets, plusieurs jours avant le départ, témoigne de l’intensité des déplacements entre Ouagadougou et Lomé.

Chaque jour, des commerçants, des travailleurs, des étudiants, des familles et d’autres voyageurs empruntent cette route.

Pour ces usagers, la libre circulation n’est pas un concept abstrait. Elle se vit à travers le temps passé sur la route, les contrôles subis, les documents présentés et les éventuels frais à payer.

Une expérience, des questions

Le récit de ce voyage ne saurait, à lui seul, permettre de tirer des conclusions générales sur le fonctionnement de la frontière entre le Burkina Faso et le Togo.

Il rapporte une expérience vécue et des faits observés au cours d’un trajet.

Mais il pose une question simple : lorsqu’un voyageur doit payer 1 000 FCFA au niveau d’un guichet sans recevoir de reçu ni connaître clairement la nature de la somme demandée, n’est-il pas légitime qu’il puisse obtenir une explication ?

Car la libre circulation ne se mesure pas uniquement à l’ouverture administrative des frontières. Elle se mesure aussi à ce que vivent concrètement ceux qui les franchissent.

Et sur l’axe Ouagadougou-Lomé, ce voyage laisse une question en suspens : que paie exactement le voyageur lorsqu’il remet ces 1 000 FCFA au guichet ?

Gildas Kinda

www.Burkinaonline.net

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