Frontière Ghana-Burkina : pourquoi les passagers sans passeport doivent-ils payer 2 500 F CFA ?
De retour au Burkina Faso après son séjour à Accra, notre reporter a emprunté une compagnie de transport nigérienne pour effectuer le trajet vers Ouagadougou.
Le voyage a débuté à 21 heures. Mais il aura fallu plus d’une heure au bus pour véritablement sortir d’Accra. La capitale ghanéenne est une véritable fourmilière, une ville qui bouge et qui ne dort quasiment pas. Même tard dans la nuit, certains commerces restent ouverts, les vendeurs proposent de la nourriture, les petits shops et les points de recharge téléphonique fonctionnent, tandis que la musique résonne par endroits et que les taxis klaxonnent dans les rues. Une multitude de petites activités témoignent d’une population qui se débrouille et entreprend à tous les coins de rue.
Au cours du voyage, le bus a également traversé de nombreux ponts et échangeurs, dont certains sont encore en construction, témoignant d’une ville en pleine transformation.
Un chauffeur particulièrement serviable
Le trajet a aussi été marqué par la gentillesse et le volontarisme du chauffeur. À plusieurs reprises, il s’est montré disponible pour aider les passagers, notamment pour porter leurs bagages.
Il proposait également gratuitement des cédis, la monnaie ghanéenne, aux passagers qui en avaient besoin, il se montrait disponible pour leur en procurer. Lors des arrêts, il pouvait également rendre service aux voyageurs qui souhaitaient acheter à manger ou effectuer quelques petites courses.
En somme, un chauffeur très serviable, attentif et particulièrement volontaire, qui a contribué à rendre le voyage plus agréable malgré les difficultés du trajet.
Un voyage mouvementé vers Kumasi
Une fois sorti d’Accra, le bus a poursuivi sa route avec de nombreuses secousses et une succession de ralentisseurs qui rendaient le sommeil difficile. Étonnamment, moins d’une dizaine de passagers se trouvaient à bord du véhicule, qui était quasiment vide.
Quelques kilomètres avant Kumasi, le paysage change. La ville apparaît comme une importante agglomération, dotée de nombreuses infrastructures et commodités, comparable à plusieurs grandes capitales africaines.
L’incident des excréments
Aux environs d’une heure du matin, à quelques kilomètres de Kumasi, le bus s’est arrêté afin de permettre aux passagers de se soulager.
L’un des passagers est descendu du bus. À son retour, une forte odeur pestilentielle s’est rapidement répandue dans l’habitacle, mettant tout le monde mal à l’aise.
Après vérification, il est apparu que le passager avait accidentellement piétiné des excréments et était remonté dans le bus avec sa chaussure souillée.
Le passager est alors redescendu pour nettoyer sa chaussure.
Pendant ce temps, une dame particulièrement volontaire a accepté de prendre une vieille chemise appartenant à l’un des convoyeurs afin de nettoyer le sol du bus, qui avait été souillé.
Du parfum a ensuite été récupéré auprès du chauffeur et vaporisé dans l’habitacle afin d’atténuer l’odeur.
Après cet épisode pour le moins inhabituel, le voyage a finalement repris.
À la frontière ghanéenne : contrôles, prière et formalités
Après plusieurs heures de route, le bus est finalement arrivé à la frontière ghanéenne.
Un agent ghanéen est venu accueillir les passagers et les a convoyés vers un poste de vérification. Un autre agent est ensuite venu fouiller le car afin de s’assurer que tous les passagers étaient bien descendus.
L’agent qui les avait accueillis s’est excusé du retard dans les formalités. Il a expliqué que ses collègues, chargés des vérifications, avaient momentanément interrompu leur travail pour aller prier.
Cette explication a suscité une réaction parmi les passagers. Une passagère s’est alors adressée à notre reporter en faisant référence aux débats sur la pratique religieuse dans les lieux de travail au Burkina : « Ce n’est pas de ça qu’IB parle là.?»
Notre reporter lui a répondu que ce n’était pas exactement la même chose. Selon son explication, la loi sur la liberté religieuse ne visent pas à empêcher les travailleurs de prier au Travail, mais plutôt le fait d’ériger des lieux de culte au sein des espaces de travail, ce qui est une question différente.
Quelques instants plus tard, les agents sont revenus et ont repris les formalités. Ils se sont montrés très courtois. Ils ont récupéré les différentes pièces d’identité des voyageurs. Les empreintes digitales ont ensuite été prises à l’aide d’un appareil électronique, avant que chaque passager ne soit photographié.
C’est alors qu’un agent a informé les voyageurs, en anglais, que chacun devait payer 2 500 F CFA, à l’exception d’une dame.
Notre reporter a demandé la raison de ce paiement. L’agent a répondu que les voyageurs étaient en déplacement sans passeport.
2 500 F CFA par passager sans passeport, sans reçu
Le point le plus préoccupant de cette étape reste le paiement de 2 500 F CFA exigé à chaque passager sans passeport.
Aucun reçu ni justificatif officiel n’a été remis aux voyageurs pour cette somme.
Dans les faits rapportés par notre reporter, cette pratique relève d’un paiement corruptif, puisqu’une somme a été exigée directement auprès des passagers sans qu’aucun document officiel ne soit délivré pour en justifier le paiement.
Cette pratique soulève de sérieuses interrogations sur les conditions de contrôle et les pratiques financières observées à ce poste frontalier ghanéen.
Du côté ghanéen au territoire burkinabè
Côté burkinabè, de nouvelles formalités ont été effectuées. Les voyageurs ont notamment été photographiés à l’aide d’un appareil électronique, mais leurs empreintes n’ont pas été prises.
Pour les passagers, le sentiment dominant était surtout le soulagement de se retrouver enfin en territoire burkinabè.
Une multitude de checkpoints sur le trajet
Sur le territoire ghanéen, avant même d’atteindre la frontière, le bus avait déjà traversé une multitude de postes de contrôle.
À plusieurs reprises, les passagers ont été laissés passer sans véritablement subir de longues tracasseries. Selon les explications du convoyeur, le fait qu’il soit connu de plusieurs agents aurait permis d’éviter certaines tracasseries ainsi que certains paiements qui auraient pu être demandés aux voyageurs.
Une fois au Burkina Faso, plusieurs contrôles douaniers se sont également succédé sur la route, avec de nombreux postes de contrôle.
Un voyage révélateur des réalités du transport sous-régional
Ce trajet entre Accra et Ouagadougou aura finalement été bien plus qu’un simple voyage.
Il aura permis à notre reporter de constater certaines réalités auxquelles sont confrontés les voyageurs sur les grands axes routiers ouest-africains : longues heures de route, infrastructures en construction, secousses, multiples checkpoints, contrôles frontaliers, formalités administratives et paiements informels.
Une expérience faite de contrastes, entre la vitalité impressionnante des grandes villes, la débrouillardise des populations, la gentillesse de certains acteurs du transport et les difficultés auxquelles restent confrontés les voyageurs sur les routes de la sous-région.
Gildas Kinda
www.burkinaonline.net
