Port du casque : de la Haute-Volta au Burkina Faso, une obligation vieille de près de 50 ans
Bien avant les campagnes actuelle de sensibilisation à la sécurité routière, les autorités de la Haute-Volta avaient déjà instauré l’obligation du port du casque sur les engins motorisés à deux roues. Le décret n°78-107/PRES/TPTU, signé le 30 novembre 1978 sous la présidence du général Aboubacar Sangoulé Lamizana, constitue l’un des premiers textes réglementant cette obligation.
Une obligation instaurée dès 1978
Le 30 novembre 1978, le président de la République de Haute-Volta, Aboubacar Sangoulé Lamizana, promulgue le décret n°78-107/PRES/TPTU.
Le texte prévoit l’obligation du port d’un casque de protection pour les personnes circulant sur certains engins motorisés à deux roues. L’obligation concerne notamment les conducteurs et les passagers de cyclomoteurs, vélomoteurs et motocyclettes.
Cette réglementation montre que la question de la sécurité des usagers des deux-roues est une préoccupation ancienne au Burkina Faso. Elle remonte à la période de la Haute-Volta, plusieurs décennies avant l’explosion du parc de motocyclettes que connaît aujourd’hui le pays.
Les deux-roues au cœur de la circulation urbaine
À cette époque, les villes voltaïques voyaient déjà circuler de nombreux cyclomoteurs et vélomoteurs. À la fin des années 1970, les rues de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso étaient notamment parcourues par les célèbres Motobécane, dont les modèles de type « Mobylette » occupaient une place importante, ainsi que par les Peugeot 102, 103 et 104. Une production locale venait également enrichir le paysage : la SENISOT commercialisait notamment des cyclomoteurs Puch, d’origine autrichienne, dont le Puchoma était monté en Haute-Volta sous licence autrichienne.
Les habitudes de circulation étaient toutefois très différentes de celles observées aujourd’hui.
Parmi les images qui appartiennent à cette époque figure notamment celle de la passagère installée « en amazone », assise de côté sur le deux-roues, les deux jambes orientées du même côté. Cette manière de voyager, que l’on retrouvait chez certaines passagères, faisait partie des pratiques sociales et vestimentaires observées à l’époque.
Elle contraste avec les règles de sécurité actuellement mises en avant, qui privilégient une position stable et adaptée au véhicule.
Une réglementation ancienne, une application qui évolue
L’existence du décret de 1978 ne signifie toutefois pas que son application a été constante au fil des décennies.
La question du port du casque revient avec une particulière intensité dans les années 2000, alors que les autorités cherchent à renforcer le respect des règles de circulation et de sécurité routière.
Les tentatives de faire respecter plus strictement cette obligation ont alors suscité une importante contestation populaire, notamment lors des épisodes communément associés aux « émeutes des casques ».
Le renforcement du dispositif dans les années 2000
Le cadre réglementaire est ensuite complété par de nouveaux textes.
Le décret n°2003-418 du 12 août 2003, relatif notamment aux contraventions en matière de circulation routière, participe au renforcement du dispositif réglementaire.
En 2005, de nouvelles mesures viennent également renforcer les obligations liées aux motocyclettes, notamment en matière de fourniture de casques lors de la vente de certains engins.
De la Haute-Volta au Burkina Faso
Près d’un demi-siècle après l’adoption du décret de 1978, l’obligation du port du casque entre dans une nouvelle phase au Burkina Faso. À compter du 1er octobre 2026, après plusieurs mois de sensibilisation et de période de tolérance, les contrôles seront appliqués strictement. Tout conducteur d’un engin motorisé à deux ou trois roues circulant sans casque s’exposera notamment à une amende de 3 000 F CFA ainsi qu’à l’immobilisation de son engin jusqu’à la présentation d’un casque de protection.
Dans la sous-région, notamment dans des pays où les motocyclettes occupent une place majeure dans la circulation quotidienne, le port du casque est progressivement devenu une pratique largement intégrée aux habitudes des usagers. Au Togo, les autorités constataient déjà en 2023 que la majorité des conducteurs et passagers portaient un casque, après plusieurs années de sensibilisation et de sanctions. Au Bénin, où les motos sont omniprésentes dans les déplacements, le gouvernement a également renforcé l’application de l’obligation du port du casque pour les conducteurs et leurs passagers.
Au Burkina Faso, près d’un demi-siècle après le décret de 1978, le défi est désormais de faire du casque non seulement une obligation réglementaire, mais un réflexe quotidien pour les millions d’usagers des deux-roues.
Gildas Kinda
BurkinaOnline.net
