Pétro-dollar et tensions géopolitiques mondiales : comprendre l’intervention américaine au Venezuela

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Dans l’économie mondiale actuelle, le pétrole est majoritairement vendu en dollars américains. Cette règle, souvent méconnue du grand public, joue pourtant un rôle central dans le fonctionnement des échanges internationaux. Concrètement, cela signifie que presque tous les pays, qu’ils soient africains, asiatiques ou européens, doivent disposer de dollars pour acheter l’énergie nécessaire à leur développement. Sans dollars, pas de pétrole ; sans pétrole, pas d’activité économique moderne.

Pourquoi tous les pays ont besoin de dollars

Pour obtenir des dollars, les pays exportent leurs biens et services et sont payés en devises étrangères, le plus souvent en dollars, mais parfois aussi en euros ou dans d’autres monnaies internationales. Lorsque le paiement n’est pas effectué en dollars, ces devises sont ensuite converties en dollars sur les marchés de change. Cette conversion est indispensable pour leur permettre d’acheter leur énergie en dollar. Le commerce mondial du pétrole rend ainsi le dollar indispensable à la quasi-totalité des économies, même à celles qui n’entretiennent aucun lien politique particulier avec les États-Unis.

Les pays producteurs et le recyclage des pétro-dollars

Les pays exportateurs de pétrole reçoivent d’importants flux de dollars en contrepartie de leurs ventes. Ces dollars sont rarement conservés sous forme de liquidités. Ils sont le plus souvent réinvestis dans le système financier international, en particulier à travers l’achat de bons du Trésor et d’obligations américaines. Autrement dit, une partie significative de l’argent issu du pétrole mondial revient vers les États-Unis et contribue au financement de leur dette publique. Ce mécanisme est communément appelé le recyclage des pétro-dollars.

Du pétrole brut à la pompe : comment le dollar s’impose dans l’achat de l’énergie dans un pays comme le Burkina Faso

Même si le Burkina Faso ne produit pas de pétrole et ne paie pas directement du pétrole brut, il dépend du dollar pour se procurer son énergie. L’essence et le gazole qu’il importe sont achetés sur le marché international, où ces produits sont facturés en dollars, car les raffineries achètent elles-mêmes le pétrole brut en dollars et revendent les produits raffinés dans la même monnaie afin de couvrir leurs coûts et de se prémunir contre les risques de change.

Au Burkina Faso, le consommateur final paie son carburant en francs CFA à la pompe. En revanche, la SONABHY, qui importe l’essence et le gazole, doit régler ses fournisseurs internationaux en dollars. Elle convertit donc les francs CFA collectés sur le marché national en dollars afin de payer ses factures à l’étranger.

Comment la demande mondiale de dollars réduit le coût de la dette américaine

Le besoin permanent de dollars dans le monde crée une forte demande pour les actifs financiers américains, notamment pour les titres de la dette publique des États-Unis. Lorsque de nombreux pays, banques centrales et fonds souverains cherchent à placer leurs dollars, ils achètent massivement des obligations américaines. Cette forte demande permet aux États-Unis d’emprunter à des taux d’intérêt plus faibles que la plupart des autres pays. Le rôle central du dollar agit ainsi comme un soutien structurel qui rend l’endettement américain plus facile et moins coûteux.

Un avantage stratégique pour la puissance américaine

Grâce à ce système, les États-Unis peuvent financer simultanément leur économie, leur protection sociale, leur appareil militaire et leur influence internationale. Peu de pays peuvent s’endetter à un tel niveau sans provoquer de crise financière. Les États-Unis y parviennent précisément parce que le dollar reste au cœur du commerce mondial de l’énergie et de la finance.

Pourquoi les États-Unis cherchent à préserver le pétro-dollar

Le maintien du pétro-dollar constitue donc un enjeu stratégique majeur pour Washington. Si le pétrole cessait d’être vendu en dollars ou si une part importante du commerce énergétique mondial se faisait dans d’autres monnaies, la demande mondiale de dollars diminuerait. Le financement de la dette américaine deviendrait plus coûteux et l’équilibre économique et militaire des États-Unis serait fragilisé. Toute remise en cause durable du pétro-dollar est ainsi perçue comme une menace existentielle.

Pétrole, monnaie et tensions géopolitiques

Dans ce contexte, les pays riches en pétrole qui cherchent à s’éloigner du dollar, à diversifier leurs partenaires ou à adopter une ligne politique hostile aux intérêts américains deviennent des foyers de tension. Cela ne conduit pas automatiquement à une intervention militaire, mais cela accroît la pression diplomatique, économique et parfois sécuritaire exercée sur ces États.

Le Venezuela : un enjeu énergétique et géopolitique majeur

Le Venezuela illustre particulièrement bien cette logique. Ce pays dispose de réserves pétrolières parmi les plus importantes au monde et entretient depuis plusieurs années des relations tendues avec les États-Unis. Parallèlement, il a développé des liens économiques étroits avec la Chine, devenue un client majeur de son pétrole. Une partie de ces échanges s’est faite à travers des mécanismes de paiement qui ne reposaient pas exclusivement sur le dollar, notamment via le yuan ou des accords financiers bilatéraux.

Le Venezuela, la Chine et l’enjeu du dollar

Pour de nombreux analystes, l’enjeu dépasse le seul cas vénézuélien. En sécurisant des approvisionnements pétroliers en dehors du circuit dominé par le dollar, la Chine réduit sa dépendance au système financier américain et renforce son autonomie stratégique. Dans cette perspective, Washington chercherait à compliquer l’accès de Pékin (son grand rival) à des ressources énergétiques comme le pétrole vénézuélien, ce qui  revient à freiner son développement économique et industriel, tout en limitant l’émergence de circuits de transaction alternatifs au dollar.

L’intervention américaine au Venezuela le 03 janvier  2026, qui a conduit à la capture du président Nicolás Maduro, est officiellement justifiée par des arguments de sécurité et de lutte contre le narcotrafic. Toutefois, dans une lecture géo-économique, le contrôle des exportations pétrolières vénézuéliennes aura probablement pour effet de perturber les flux vers la Chine et de casser, au moins partiellement, des mécanismes de transaction qui s’étaient développés en dehors du dollar.

Conclusion

En résumé, le pétrole est vendu en dollars, le monde a besoin de dollars pour fonctionner, et une partie des dollars du pétrole finance la dette américaine. Ce système soutient la prospérité économique et la puissance militaire des États-Unis. Lorsqu’un pays clé du pétrole cherche à s’en écarter ou lorsqu’il renforce ses liens avec un rival stratégique comme la Chine, ou la Russie, il devient un enjeu géopolitique majeur. C’est à travers cette grille de lecture, que beaucoup interprètent aujourd’hui certaines tensions internationales, dont le Venezuela constitue un exemple emblématique.

Gildas Kinda

www.burkinaonline.net

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