Sénégal : Le Parlement, nouveau théâtre du bras de fer entre Sonko et Diomaye Faye
La rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko ne se limite désormais plus aux couloirs du pouvoir exécutif. Elle se prolonge à l’Assemblée nationale, où le rapport de force entre les deux hommes pourrait peser sur les prochaines grandes décisions politiques du Sénégal.
Élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai dernier, après son départ de la Primature, Ousmane Sonko conserve une influence considérable sur la majorité parlementaire issue de Pastef. Son arrivée au perchoir lui offre ainsi une nouvelle tribune et, surtout, un levier institutionnel dans le face-à-face qui l’oppose désormais au chef de l’État.
La première session extraordinaire de l’année, ouverte lundi 10 août sous la présidence de Sonko, illustre cette nouvelle configuration. Les députés doivent examiner cinq textes en quinze jours au maximum. Parmi eux figurent des propositions susceptibles de nourrir les tensions au sommet de l’État, notamment sur la transparence dans la gestion des ressources publiques et le fonctionnement des institutions.
Pendant plus d’une décennie, Sonko et Diomaye Faye ont construit ensemble leur ascension politique. Leur alliance, forgée dans l’opposition autour de Pastef, leur avait permis d’accéder au pouvoir en 2024. Mais deux ans après leur victoire électorale, les divergences ont finalement débouché sur une rupture ouverte.
Le 22 mai 2026, Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko à la Primature. Quelques jours plus tard, ce dernier était élu à une très large majorité à la présidence de l’Assemblée nationale, démontrant qu’il conservait une solide assise politique malgré son départ du gouvernement.
Depuis, chacun semble avoir entrepris de consolider son propre espace politique. Le président Faye a notamment lancé fin juillet sa nouvelle formation, Kiiraay – Les Patriotes républicains, marquant une prise de distance désormais assumée avec son ancien allié.
Le Parlement comme nouveau rapport de force
Cette recomposition donne à l’Assemblée nationale une importance particulière. Sonko ne dirige plus le gouvernement, mais il préside désormais l’institution parlementaire et demeure le chef de Pastef. Le camp présidentiel, de son côté, cherche à structurer une nouvelle force politique autour de Diomaye Faye.
Les prochains débats parlementaires pourraient donc servir de révélateur aux divergences entre les deux camps. Les textes portant sur la gouvernance, la transparence financière et les prérogatives de l’exécutif seront particulièrement scrutés.
Au-delà des textes eux-mêmes, c’est la capacité de chacun des deux hommes à mobiliser sa majorité et à imposer son agenda qui sera observée.
La confrontation entre Sonko et Diomaye Faye dépasse désormais leur différend personnel. Elle ouvre une nouvelle phase de la vie politique sénégalaise, dans laquelle deux centres d’influence issus du même mouvement cherchent à s’affirmer.
À l’approche des prochaines échéances électorales, le Parlement pourrait ainsi devenir l’un des principaux lieux où se dessinera le nouvel équilibre politique du Sénégal. Le face-à-face entre l’ancien Premier ministre et le président de la République n’est donc plus seulement une affaire de personnes : il engage désormais l’avenir du mouvement qui les a portés au pouvoir.
Une chose semble acquise : après l’exécutif, c’est désormais au cœur du Parlement que se joue une partie décisive du bras de fer entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye.
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