De Cotonou à Accra : entre tracasseries, paiements et désordre

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Le voyage commence à Cotonou à 15 heures. Notre destination finale est Accra, au Ghana. Mais la première étape est Lomé, au Togo, car il n’y a pas de frontière directe entre le Bénin et le Ghana. Il faut donc nécessairement passer par le Togo, et notamment par Lomé, une ville dans laquelle notre reporter se trouvait il y a quelques jours.

De Cotonou à Lomé

Le voyage commence donc à 15 heures, à bord d’un taxi reliant Cotonou à Lomé.

En quittant Cotonou, nous avons failli accrocher un conducteur de zemidjan, le taxi-moto béninois, qui transportait une dame. Visiblement mécontent, le conducteur s’est mis à vociférer en direction de notre chauffeur.

Celui-ci a sorti la main par la fenêtre et lui a répondu par de grands gestes en fon, avant que chacun ne poursuive son chemin.

À bord se trouvent une étudiante béninoise, un Congolais, un Togolais et notre reporter.

Deux heures environ après le départ, nous arrivons à la frontière entre le Bénin et le Togo.

Premier poste de contrôle, côté béninois.

Notre chauffeur descend du véhicule et se rend au poste. À son retour, il affirme avoir payé 500 F CFA par passager.

Nous, les passagers, ne sommes pas descendus du véhicule et n’avons assisté ni au contrôle ni à cette transaction.

Côté togolais, la procédure est différente.

Des agents en civil conduisent tous les passagers vers un guichet. Chacun remet sa pièce d’identité. Une dame la scanne et la restitue quelques secondes plus tard.

Nous regagnons ensuite notre véhicule.

Un agent arrive avec un détecteur de métaux et inspecte minutieusement nos bagages.

Plus loin, d’autres agents togolais, dont des douaniers, procèdent à une nouvelle vérification.

Les bagages sont nombreux. Le chauffeur transporte également des vivres et des fournitures scolaires qu’il présente comme destinés à un orphelinat.

Après ces vérifications, nous passons par le service de l’émigration avant de reprendre la route.

Un policier aurait demandé 5 000 F CFA avec insistance

Le reporter interroge alors le chauffeur sur les différentes opérations effectuées à la frontière.

Celui-ci affirme que les douaniers l’ont finalement laissé passer avec les vivres (qui remplis de charançons), ainsi qu’avec les fournitures scolaires.

Il affirme également qu’un policier togolais lui aurait réclamé avec insistance 5 000 F CFA et qu’il aurait finalement payé 4 000 F CFA à cause des vivres et des fournitures scolaires.

Le passager congolais, qui souhaitait faire tamponner son passeport, aurait, selon le chauffeur, payé 2 000 F CFA, soit davantage que les autres passagers.

Une quarantaine de minutes plus tard, nous entrons dans Lomé.

À Lomé, une nouvelle négociation

À un feu, un policier siffle notre véhicule et récupère les papiers du véhicule, évoquant, selon le chauffeur, une surcharge de bagages.

Le chauffeur avance et gare le véhicule à droite, dans le premier « von », terme utilisé au Bénin pour désigner une petite rue.

Il descend pour aller discuter avec le policier, que le chauffeur présente comme appartenant à la brigade mobile.

Quelques minutes plus tard, il revient, visiblement furieux.

Il affirme que le policier lui aurait demandé 5 000 F CFA et qu’il aurait finalement payé 3 000 F CFA.

Du zouk, une clé USB et une conversation sur Orange et Sams’K Le Jah

Durant tout le trajet, le chauffeur fait jouer du zouk des années 1990.

À un moment, il doit retirer sa clé USB du système audio du véhicule, celui-ci ne disposant que d’un seul port, afin de permettre à notre reporter de brancher son smartphone et de récupérer un peu de batterie.

Alors que des panneaux  publicitaires portant le nom de d’opérateurs de téléphonie mobile Orange défilent sur la voie, le reporter demande au chauffeur :

« Est-ce qu’il y a Orange au Togo ? »

Le chauffeur répond qu’il n’y a pas d’Orange au Togo.

Puis il demande :

« Orange, c’est bien les Français, non ? »

Son ton change alors brusquement.

« Ces gens-là, on doit les mettre dehors. Il faut mettre les Français dehors. Ils nous maintiennent dans l’esclavage », lance-t-il.

C’est à ce moment qu’il pose soudain une autre question, sachant que notre reporter est Burkinabè :

« Et Sams’K Le Jah, il est là ? »

Le reporter lui répond :

« Tu le connais ? »

Le chauffeur rétorque :

« C’est pas eux qui ont fait partir Blaise Compaoré ? »

Un téléphone sonne.

La conversation s’arrête là et nous passons à autre chose.

22 h 10 : toujours pas de bus pour Accra

Une fois arrivé à Lomé, le reporter doit maintenant prendre un autre moyen de transport pour poursuivre son voyage.

Il se rend à la gare d’une société de transport nigérienne qui assure la liaison Lomé-Accra.

La convocation était fixée à 21 heures pour un départ annoncé à 22 heures.

Il est 22 h 40.

Aucun bus n’est encore positionné.

Le reporter se rend donc au guichet pour demander ce qu’il en est du voyage.

La réponse du guichetier est pour le moins surprenante : oui, c’est bien le bus qui a quitté Cotonou à 18 heures qui doit venir récupérer les passagers à destination d’Accra.

Une nouvelle illustration de ces petits dysfonctionnements qui rendent parfois les voyages en Afrique de l’Ouest aussi imprévisibles que l’itinéraire lui-même.

22 h 57 : le bus arrive enfin

Finalement, le bus en provenance de Cotonou arrive à la gare vers 22 h 57.

Après l’embarquement des passagers, nous quittons finalement la gare peu après 23 h 38, direction Accra.

À peine quelques minutes après le départ, une personne se lève dans le car et demande :

« Quels sont ceux qui ont des problèmes de papiers ? Ceux qui n’ont pas leur carte de vaccination ? »

Plusieurs personnes se signalent.

Il leur est alors expliqué qu’un montant devra être payé pour celles et ceux qui ne seraient pas en règle lors du passage de la frontière entre le Togo et le Ghana.

Le reporter, ayant tous ses papiers en règle, n’est pas concerné.

Ensuite, il informe les passagers qu’ils peuvent, s’ils le souhaitent, effectuer un change en cédis, la monnaie ghanéenne, avec un monsieur présent à bord du bus.

Quelques minutes plus tard, la frontière

Quelques minutes après avoir quitté la gare de Lomé, le car s’arrête brusquement.

Il est demandé à tout le monde de descendre.

Nous sommes déjà à la frontière entre le Togo et le Ghana.

La proximité du poste-frontière avec Lomé est frappante. À peine avons-nous quitté la gare que nous nous retrouvons déjà devant les services de contrôle.

Les passagers descendent du car et vont s’aligner.

Au fur et à mesure que la file avance, les voyageurs sont extraits par groupes de quatre ou cinq personnes.

Les agents les conduisent ensuite dans un bâtiment abritant plusieurs guichets.

Arrivé au guichet, chaque voyageur remet sa pièce d’identité.

Elle est scannée.

Ensuite vient la prise d’empreintes digitales.

Les agents rencontrés par le reporter semblent professionnels et courtois.

Le passage à la frontière prend environ 45 minutes à une heure au maximum.

Puis tout le monde regagne le bus.

Des paiements annoncés, mais pas constatés

Pendant cette procédure, le reporter n’a été témoin d’aucun paiement effectué à la frontière.

Nous présumons qu’il pourrait y avoir un « arrangement » entre la compagnie de transport et certains agents ghanéens à ce poste-frontière. Les passagers qui ne sont pas en règle remettraient les sommes demandées au convoyeur de la compagnie, lequel se chargerait ensuite de négocier avec les agents ghanéens afin de faciliter leur passage.

Au fond, ce voyage de Cotonou à Accra résume assez bien les paradoxes de la libre circulation en Afrique de l’Ouest. Les frontières sont franchissables, mais les tracasseries, les paiements difficiles à comprendre, les retards et les imprévus restent encore nombreux.

Entre les règles officielles et les réalités du terrain, le voyageur avance parfois au gré des arrangements et des solutions improvisées. La libre circulation des personnes et des biens est une ambition bien réelle, mais son application reste encore un chantier à achever.

Gildas Kinda

www.burkinaonline.net

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