Ouagadougou : la circulation routière, simple désordre ou miroir de la société ?
On peut souvent mesurer le niveau de préparation d’un peuple au développement en observant des choses simples du quotidien. Parmi elles, la circulation routière est un révélateur puissant. Parce que la route est un espace où tout le monde se rencontre, se croise, se dépasse, attend, cède le passage ou le refuse. Et c’est justement là que s’exprime, sans filtre, le rapport d’une société à la règle, au respect d’autrui et à l’intérêt général.
Le développement ne se limite pas aux routes bitumées, aux immeubles, ni aux grands projets. Il repose aussi sur une base invisible mais essentielle : la discipline collective. Car une société qui n’arrive pas à respecter des règles simples dans la circulation aura beaucoup de mal à faire fonctionner des systèmes plus complexes : l’administration, l’école, la santé, l’économie, la sécurité, ou même la justice.
En circulation, tout se joue sur des détails : savoir attendre trente secondes sans s’énerver, accepter de ne pas passer en premier, refuser de forcer le passage, comprendre que la prudence n’est pas une faiblesse mais une intelligence.
Ouagadougou : l’exemple qui parle à tous
À Ouagadougou, cette réalité est visible au quotidien, parfois de manière frappante. Un exemple banal illustre parfaitement l’ambiance : au feu tricolore. Les usagers s’alignent au feu rouge, mais dès que le feu passe au vert, certains klaxonnent immédiatement de façon intempestive, parfois une fraction de seconde seulement après le changement.
Pas parce qu’il y a un danger, ni parce qu’il y a urgence, mais juste pour mettre la pression, comme si le simple fait de démarrer calmement et progressivement était déjà un problème.
Pourtant, au feu vert, il est normal de marquer un court instant : vérifier que l’intersection est libre, attendre que la file commence à bouger, éviter qu’un imprudent ne traverse encore. Cette seconde de prudence peut sauver une vie. Mais dans cette logique d’impatience, on transforme la circulation en compétition permanente, où chacun veut imposer son rythme aux autres.
Une vidéo qui choque et qui en dit long
Récemment, une vidéo issue de caméras de surveillance à Ouagadougou a commencé à circuler massivement sur les réseaux sociaux. Dans cette vidéo, on voit plusieurs accidents «bêtes», dont la cause semble clairement liée à l’imprudence de certains usagers.
La vitesse, la précipitation, la mauvaise anticipation, ou le non-respect élémentaire des règles y apparaissent comme des facteurs déclencheurs. Ce qui choque, ce n’est pas seulement les accidents en eux-même, c’est la facilité avec laquelle ils surviennent: une décision de trop, une seconde d’inattention, une manœuvre agressive… et tout bascule.
Cette vidéo n’a pas envahi les réseaux sociaux pour rien. Elle interpelle parce qu’elle renvoie chacun à une évidence : la circulation à Ouagadougou est devenue un espace de danger quotidien, où le moindre excès peut coûter cher.
Le cas du boulevard La Circulaire : le danger en pleine ville
Un autre fait récent illustre cette dérive. Sur le boulevard La Circulaire Vers la Maison de la Femme, une berline s’est retrouvée quasiment en tonneau, couchée sur le côté, après une manœuvre risquée.
L’usager aurait voulu forcer le passage en dépassant un poids lourd, en pleine ville, vers 21h. Résultat : la voiture s’est retrouvée sur le flanc, dans une situation spectaculaire et extrêmement dangereuse.
Heureusement, il n’y a pas eu plus de peur que de mal. Mais cet épisode montre une vérité simple : ce n’est pas la route qui tue, c’est le comportement. Forcer le passage, dépasser sans marge, confondre audace et imprudence, croire qu’on “gagne du temps” alors qu’on met tout le monde en danger… c’est exactement ce qui transforme une ville en zone à risque permanent.
Ce que la route révèle, au-delà des accidents
Ces situations ne sont pas de simples faits divers. Elles posent une question plus large : quelle valeur donne-t-on à la vie des autres ? À sa propre vie ? À la règle commune ?
Car le développement commence aussi par la capacité à accepter que la liberté personnelle s’arrête là où commence la sécurité collective. Et dans la circulation, cette règle est immédiate : votre erreur n’impacte pas seulement vous, elle peut emporter un innocent.
La route est donc un test quotidien. Elle mesure :
- la patience,
- la responsabilité,
- l’autocontrôle,
- la civilité,
- et le respect de la règle commune.
Ouagadougou ne manque pas d’énergie, ni de mouvement, ni de dynamisme. Mais tant que l’indiscipline routière restera banalisée, tant que le klaxon remplacera la courtoisie, et tant que la précipitation primera sur la prudence, le progrès restera fragile.
Car une société qui ne peut pas patienter trente secondes à un feu tricolore aura du mal à construire durablement la discipline, la rigueur et l’exemplarité, qui sont les conditions sine qua non pour prétendre impulser un minimum de développement.
Gildas Kinda
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